M. Philippe Faure, Ambassadeur de France au Japon, a tenu, le 26 novembre 2008, une conférence en ouverture au cycle de séminaires « l’Europe aujourd’hui » de l’université de Sophia.
"L’Union européenne et la Présidence française"
Monsieur le Président,
Professeur Nakamura,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec plaisir que j’ai accepté l’invitation de l’Institut européen de l’université de Sophia d’intervenir aujourd’hui, pour inaugurer un cycle de conférences consacré à « l’Europe aujourd’hui ».
En dehors des publics spécialisés, l’Union européenne est encore mal connue au Japon. Un sondage commandé par nos collègues de la commission européenne, dont les résultats ont été publiés l’été dernier, montre ainsi que, si plus des deux tiers des Japonais connaissent l’acronyme « UE » et l’euro, seulement 11% connaissent le drapeau européen, un tiers ont une idée du nombre d’Etats membres et un tiers considèrent l’Europe comme un acteur politique. Cela doit nous inciter à communiquer davantage pour expliquer ce que nous sommes, quelles sont nos valeurs et de quelle manière nous exerçons notre influence. C’est d’autant plus important ici que l’Union européenne et le Japon partagent des valeurs communes et développent sur les grands défis auxquels nous sommes confrontés des visions très proches. L’initiative de l’Université de Sophia est dans ce contexte très utile.
Qu’est-ce que l’Union européenne aujourd’hui ?
Je n’ai pas l’intention de faire ici un cours d’histoire détaillant les étapes de la construction européenne. Le plus important est surtout de mesurer le chemin parcouru depuis 1957, année de la signature du traité de Rome par 6 pays, dont la France faisait partie. L’Europe aujourd’hui, ce sont 27 Etats membres, près de 500 millions d’habitants –soit le troisième ensemble démographique au monde après la Chine et l’Inde, une des premières puissances économique et la première puissance commerciale du monde, le premier pourvoyeur d’aide au développement (l’union européenne et ses Etats membres fournissent plus de la moitié de l’aide publique au développement). C’est un espace économique intégré, disposant d’une monnaie unique, l’euro, et dont les citoyens peuvent circuler librement d’un pays à l’autre - la majorité des pays membres n’ont même plus de frontières entre eux. L’UE est la seule organisation internationale à avoir atteint un tel niveau d’intégration, qui va bien au-delà de la coopération traditionnelle entre Etats, puisque ceux-ci lui ont délégué une partie de leurs compétences. C’est enfin une organisation fondée sur des valeurs, les droits de l’homme et les libertés fondamentales, et sur la démocratie, avec un parlement appelé à jouer un rôle de plus en plus important.
C’est également une puissance globale, membre du G8 aux côtés du Japon. La force de l’Union européenne réside dans son caractère polyvalent, qui repose sur le fait que les politiques communes, de plus en plus nombreuses, comportent toutes un volet externe qui contribue à l’influence de l’UE dans le monde : la politique commerciale, où l’UE parle d’une seule voix, l’énergie et la lutte contre le changement climatique, domaines dans lesquelles elle s’est fixé des objectifs particulièrement ambitieux, la promotion active des droits de l’homme dans le monde. C’est un acteur politique, qui fait entendre sa voix dans les crises : le haut représentant M. Javier Solana est le négociateur unique dans le cadre des discussions avec l’Iran sur les questions nucléaires ; l’UE est membre du quartette sur le proche orient ; elle a conduit en partenariat avec l’ASEAN la mission à Aceh, chargée de surveiller la mise en œuvre des accords de paix ; plus récemment, elle a joué un rôle déterminant pour mettre un terme aux hostilités en Géorgie.
L’UE est aujourd’hui capable de contribuer directement à des opérations de maintien de la paix, y compris par des moyens militaires : près de vingt missions ont été accomplies ou sont en cours dans le domaine de la politique européenne de sécurité et de défense, lancée il y a dix ans seulement lors du sommet franco-britannique de Saint-Malo. L’Afrique est une région prioritaire : c’est en République démocratique du Congo qu’ont été lancées les premières opréations militaires autonomes de l’Union européenne, et c’est aujourd’hui en Tchad et République centrafricaine qu’est déployée la mission militaire la plus importante en effectifs.
Bien sûr l’Europe de 2008 n’a pas grand-chose à voir avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier créée en 1951, puis la Communauté économique européenne en 1957, œuvre de 6 pays ravagés par la guerre pour unir leurs efforts de redressement. Mais il ne faut pas oublier que les pères fondateurs, ces quelques personnalités qui ont été à l’origine d’un projet auquel peu de gens croyaient à l’époque, avaient bien de l’Europe une vision politique. La conviction de Robert Schuman, Ministre des affaires étrangères français de l’époque, était qu’une paix durable ne serait pas possible tant que les pays –à commencer par la France et l’Allemagne, qui avaient connu trois guerres en l’espace de 70 ans- ne seraient pas liés par une véritable communauté d’intérêts. C’est le principe de la méthode « des petits pas », qui a permis d’ancrer progressivement l’Europe dans les réflexes des dirigeants et dans la vie quotidienne.
L’Europe constitue pour le reste du monde, et d’abord pour ses voisins, un modèle et une force d’attraction : que l’on pense au chemin parcouru par les pays qui faisaient il y a vingt ans encore partie du bloc communiste. L’élargissement de 2004 a scellé la réunification d’un continent divisé par la guerre froide. La perspective de l’intégration européenne a été pour eux un formidable levier pour mener des réformes. Elle l’est aujourd’hui pour les pays issus de l’ancienne Yougoslavie, plongés il y a 15 ans dans une guerre fratricide : après la Slovénie, membre de l’UE depuis 2004, la Croatie a désormais commencé ses négociations d’adhésion, et l’ancienne république yougoslave de Macédoine s’est vu reconnaitre le statut de candidat. Au-delà des pays candidats, appelés à entrer un jour dans l’Union européenne, l’Europe a développé avec ses voisins, et avec un grand nombre de pays ou d’organisations régionales, des relations de partenariat dans lesquelles la promotion des droits de l’homme et de la démocratie occupe une large place. Plus récemment, l’Europe a aussi décidé d’intégrer dans les accords de coopération avec les pays tiers une clause portant sur la lutte contre la prolifération. Par ses liens avec le reste du monde, elle exporte ainsi ses valeurs et contribue à la paix et au développement.
Permettez moi maintenant de revenir sur les cinq derniers mois. « Une présidence de gestion de crise » : c’est ainsi que le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, M. Jean-Pierre Jouyet, a qualifié la difficile tâche de la présidence française de l’UE au second semestre 2008, dans un discours récent devant le parlement européen.
Il est évident que, si vous m’aviez invité à intervenir au mois de juin, quelques semaines avant le début de notre présidence, mes propos auraient été sensiblement différents. Au fil des événements, il a fallu faire face à des circonstances exceptionnelles, et la gestion des crises successives est devenue un impératif.
Crise institutionnelle tout d’abord. Le 12 juin, la population irlandaise rejetait par référendum le traité de Lisbonne. Ce traité permet à l’Union européenne de fonctionner plus efficacement à 27 et de se préparer aux futurs élargissements, mettant fin à des années d’incertitudes marquées notamment par le rejet en 2005, par la France et les Pays-Bas, du projet de constitution européenne. Il renforce la démocratie dans le processus de décision. Il contient enfin des évolutions particulièrement significatives dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité : nomination d’un Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité qui portera également le titre de vice-président de la commission, assurant ainsi une totale cohérence dans la conduite des relations extérieures de l’Union ; création d’un service diplomatique commun ; élection pour deux ans et demie d’un président du Conseil européen, mettant fin au système de rotation tous les six mois.
Le rejet du traité de Lisbonne, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2009, a remis la question institutionnelle à l’ordre du jour. Alors que des échéances institutionnelles importantes se présentent en 2009 (renouvellement de la commission, élections du parlement européen), il est apparu essentiel de ne pas perdre le bénéfice du travail réalisé pour parvenir à ce traité, mais aussi de trouver une solution permettant de ne pas rester dans l’incertitude juridique. Le Président de la République s’est rendu à Dublin le 21 juillet, pour engager des discussions avec les autorités irlandaises. Le conseil européen qui se tiendra au mois de décembre doit permettre de définir les éléments d’une solution.
Conflit en Géorgie, ensuite. L’intervention russe a commencé le 8 août. Le 12, le Président Sarkozy s’est rendu sur place, au nom de l’Union européenne, pour obtenir un cessez-le-feu. Début septembre, il s’est à nouveau rendu à Moscou avec le Président de la commission européenne, obtenant le retrait des forces sur les lignes d’avant le 8 aout et l’engagement de négociations internationales. L’Union européenne a déployé en octobre une force d’observation sur le terrain, qui constitue une facteur important de stabilisation. Elle s’implique aux côtés des Nations Unies et de l’OSCE dans le processus de négociations de Genève, qui doit permettre de parvenir à une solution sur les modalités de sécurité et de stabilité dans cette région et sur le sort des populations déplacées. Le sommet Union européenne-Russie du 14 novembre a permis d’appeler la Russie à poursuivre la mise en œuvre de ses engagements et de réitérer notre condamnation de la violation de l’intégrité territoriale de la Géorgie. En affichant sa détermination, l’Europe a démontré sa capacité à peser dans un conflit qui aurait pu déboucher sur un affrontement majeur.
Crise financière, enfin. Depuis la mi-septembre, la Présidence française s’est appliquée à favoriser l’adoption d’une approche coordonnée et cohérente pour répondre à cette situation d’urgence, afin de garantir la pérennité du système bancaire et financier, d’assurer le financement de l’économie et d’envoyer un message clair aux marchés et à l’opinion. A l’initiative du Président de la République, un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la zone euro s’est, pour la première fois, réuni le 12 octobre à Paris. Le plan d’action adopté à cette occasion a été endossé par les 27 Etats membres lors du conseil européen des 15 et 16 octobre : il contient un ensemble de mesures concrètes visant à assurer des liquidités suffisantes aux institutions financières, faciliter le financement des banques et apporter aux banques en difficulté le capital dont elles ont besoin.
Réunis le 7 novembre, les chefs d’Etat et de gouvernement ont à nouveau exprimé leur unité face à la crise. Cette unité se manifeste d’abord par le soutien aux Etats membres qui éprouveraient des difficultés : une assistance a ainsi été décidée au profit d’un Etat membre, la Hongrie. Ils se sont également mis d’accord sur un certain nombre de principes et d’orientations concrètes, dans la perspective du sommet du G20 réuni le 15 novembre à Washington. Comme vous le savez, l’Europe a pris une part majeure dans ce sommet : elle a défini les principes communs pour construire un nouveau système financier international ; elle a proposé l’adoption d’une méthode de travail, pour assurer des progrès réels et rapides, et d’un programme complet de réponses, dont certaines doivent être mises en œuvre sans délai. La déclaration de Washington s’inspire largement des priorités européennes.
Notre conviction est que la solidarité européenne sort renforcée de ces crises. L’Union a fait preuve de réactivité et a su innover, par exemple en réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, ce qui n’avait jamais été fait.
Malgré ces crises, la présidence a également continué à mettre en œuvre les priorités qu’elle s’était fixées.
Première priorité, la lutte contre le changement climatique. La politique européenne repose sur trois objectifs fondamentaux : la lutte contre le changement climatique, la sécurité énergétique et la compétitivité de l’industrie énergétique. Elle se fixe des objectifs extrêmement ambitieux, dits « 3x20 » : réduction de 20% des émissions de gaz à effets de serre d’ici 2020, 20% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l’UE d’ici 2020, réduction de 20% de la consommation d’énergie par rapport aux prévisions pour 2020. Pour mettre en œuvre ces objectifs, l’Europe doit se doter de mesures et d’un calendrier précis : c’est la paquet énergie-climat, sur lequel le Conseil européen de décembre doit permettre de parvenir à un accord. Malgré un contexte économique difficile, la France a jugé indispensable de ne pas revenir sur les engagements antérieurs.
L’Europe souhaite rester à la tête de la lutte contre le changement climatique dans le cadre des négociations post-Kyoto, et c’est aussi pour cette raison qu’elle se doit d’être exemplaire, en appliquant effectivement les objectifs qu’elle s’est imposés.
La question de la sécurité énergétique a également fait l’objet de travaux, qui devront déboucher sur des mesures concrètes permettant d’assurer la stabilité de l’approvisionnement et de diversifier les sources d’énergie.
Deuxième priorité, la politique européenne de sécurité et de défense. L’idée selon laquelle les Etats membres devraient agir pour défendre en commun leurs intérêts stratégiques est aussi vieille que l’Europe elle-même : c’est après avoir échoué à mettre sur pied une « communauté européenne de défense » que les six pays fondateurs ont finalement créé la Communauté économique européenne en 1957.
A mesure qu’elle s’agrandissait et que ses compétences se multipliaient, l’Europe a intensifié ses efforts pour jouer sur la scène mondiale un rôle politique conforme à son poids économique. La politique étrangère et de sécurité commune a été consacrée par le Traité de Maastricht de 1992. Face à l’échec des tentatives de médiation en ex-Yougoslavie et aux conflits sur le continent africain, les dirigeants européens ont décidé en 1999 de se doter d’une Politique européenne de sécurité et de défense autonome, afin d’assumer des tâches aussi variées que la fourniture d’aide humanitaire, le maintien ou le rétablissement de la paix, ou encore la formation de la police locale.
Les premières missions militaires ont été menées en 2003 dans les Balkans et en République démocratique du Congo. Treize opérations sont en cours actuellement : la principale opération civile est la mission Eulex au Kosovo, qui comprendra à terme 1.900 personnels internationaux ; la première mission militaire est EUFOR Tchad/RCA, qui comprend 3.300 soldats issus de 14 pays. La capacité de déployer des forces dans un délai très court est aujourd’hui un élément clé, et l’Union européenne s’est dotée de Groupements tactiques pouvant être déployés rapidement.
La relance de la Politique européenne de sécurité et de défense constituait une des grandes priorités de la présidence française. Priorité en matière de capacités civiles de gestion crise, tout d’abord. Les Ministres de la défense se sont ainsi engagés à renforcer les moyens de l’Union européenne, notamment pour lui permettre d’intervenir dans des situations exigeant une réaction rapide, comme cela a été fait en Géorgie. Priorité en matière de capacité militaires, ensuite. L’idée n’est pas forcément que l’Union européenne puisse conduire une opération massive : la réalité aujourd’hui impose qu’elle puisse mener plusieurs opérations simultanées, faisant appel à des moyens à la fois civils et militaires, en complémentarité avec l’ONU, l’OTAN et les organisations régionales de maintien de la paix.
La France a également lancé des projets concrets de coopération entre pays européens pour renforcer les capacités militaires, dans le domaine des hélicoptères, du transport aérien, avec la mise en place d’une flotte européenne, du renseignement spatial ou encore des échanges d’officiers.
Un travail est enfin en cours pour définir une nouvelle stratégie européenne de sécurité : il s’agit pour l’Europe de savoir à quels risques elle est confrontée, et comment y répondre. L’action en matière de lutte contre la piraterie au large de la Somalie illustre la détermination à s’attaquer aux nouvelles menaces. L’Union européenne a lancé en novembre sa première opération militaire navale : elle a pour mandat, en appui des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, de fournir une protection aux navires du Programme alimentaire mondial et aux navires marchands naviguant dans la zone, et de prendre les mesures nécessaires pour prévenir les actes de piraterie.
Troisième priorité, la politique d’immigration et d’asile. Le pacte européen pour l’immigration et l’asile a été adopté lors du Conseil européen d’octobre. Il exprime l’engagement de mener une politique juste, efficace et cohérente face aux défis et aux opportunités que représentent les migrations. Du fait de la liberté de circulation au sein de l’espace Schengen, la politique migratoire de chaque Etat membre a en effet un impact sur l’ensemble de l’Union européenne, justifiant une coordination plus étroite au niveau européen.
Le pacte s’articule autour de cinq principaux engagements, souscrits au plus haut niveau : organiser l’immigration légale en tenant compte des priorités, des besoins et des capacités d’accueil définis par chaque Etat membre et favoriser l’intégration ; lutter contre l’immigration irrégulière ; renforcer l’efficacité des contrôles aux frontières ; bâtir une Europe de l’asile ; créer un partenariat global avec les pays d’origine et de transit des migrants afin que les migrations contribuent à leur développement.
Quatrième priorité, enfin, l’agriculture, avec l’engagement d’une réflexion sur l’avenir de l’agriculture européenne après 2013, qui marquera le terme de la politique suivie actuellement. L’agriculture est au cœur des grands défis actuels, comme la crise alimentaire ou la lutte contre le changement climatique, et cela montre bien la nécessité pour l’Europe de continuer à mettre en œuvre une politique dans ce domaine. Dans ce cadre, la France a proposé d’orienter les discussions autour de quatre objectifs : assurer la sécurité alimentaire de l’UE, y compris dans sa dimension sanitaire ; contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux pour participer à la sécurité alimentaire mondiale et être présente sur les marchés de demain ; préserver les équilibres des espaces ruraux pour maintenir une cohésion territoriale et une localisation de l’activité et des emplois ; participer à la lutte contre le changement climatique et à l’amélioration de l’environnement. Je sais à quel point ces thèmes sont importants pour le Japon, et nos préoccupations sont très proches.
Beaucoup d’autres travaux ont bien sûr été menés depuis le 1er juillet, au cours des nombreuses réunions des chefs d’Etat et de gouvernement, des Ministres, des ambassadeurs et des experts, et il n’est pas possible de les passer en revue. La Présidence française s’achèvera le 31 décembre, pour passer le relais à la République Tchèque. Après la Slovénie cette année, un nouvel Etat membre sera ainsi chargé d’animer et de coordonner l’action de l’Union européenne pendant six mois, consacrant de manière hautement symbolique la réunification de notre continent.
L’Union européenne n’est pas facile à comprendre. Ses piliers, ses institutions, ses modes de décision, font le bonheur des spécialistes mais déroutent ses citoyens : l’échec du référendum sur le projet de constitution européenne en France, en 2005, a bien montré que l’Europe, pour être légitime, devait aussi être proche des préoccupations des peuples, et rester intelligible.
Pour un public japonais, cela est sûrement encore moins facile. L’Union européenne est loin et, en dépit d’une intégration très poussée, ses compétences ne sont pas toujours évidentes. C’est le cas particulièrement de la politique étrangère : comment expliquer que l’Union européenne est désormais un acteur à part entière, alors que les Etats gardent leurs compétences ? On en revient toujours à la fameuse question d’Henri Kissinger, qui demandait en 1970 : « L’Europe, quel numéro de téléphone ? ». La réponse ne peut bien sûr être apportée que dans la durée, et les progrès réalisés depuis 1957 sont déjà considérables. Les innovations introduites par le traité de Lisbonne permettront en outre à l’Europe de renforcer son rôle sur la scène internationale.
J’espère avant tout que cette intervention vous aura convaincu de ce que, si l’Union européenne et le Japon sont éloignés géographiquement, ils ont toutefois beaucoup en commun. Nous partageons les mêmes valeurs : la démocratie, les droits de l’homme, le soutien à une économie de marché respectueuse de la cohésion sociale. Nous sommes confrontés aux mêmes défis : le terrorisme et la prolifération, la crise économique et financière, la stabilité de nos approvisionnements énergétiques, la lutte contre la piraterie maritime, le changement climatique ou la sécurité alimentaire, pour n’en citer que quelques uns. Les priorités de la présidence japonaise du G8 et de la présidence française de l’Union européenne présentaient d’ailleurs de larges convergences, montrant à quel point nous avons intérêt à travailler ensemble. Enfin, nous envisageons la paix et la sécurité internationales en ayant à l’esprit la volonté de contribuer à des solutions globales, et comme objectif la mise en place d’institutions viables et démocratiques : c’est autour de ces valeurs que se développe la politique européenne dans le domaine des affaires étrangères, de la sécurité et de la défense. Le Japon met en avant, de son côté, le concept de sécurité humaine et il y certainement des pistes de coopération à explorer à l’avenir, par exemple sur le continent africain.
Je vous remercie.
