Remise de l’Ordre des Arts et des Lettres à Mme Yuko Hasegawa [ja]

Mme Yuko Hasegawa a reçu le 6 avril 2016, les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres des mains de M. Thierry Dana, ambassadeur de France au Japon.

Mme Yuko Hasegawa
Mme Yuko Hasegawa
Mme Yuko Hasegawa et M. l'Ambassadeur
Mme Yuko Hasegawa et M. l’Ambassadeur

 

Allocution de M. Thierry Dana, ambassadeur de France au Japon à l’occasion de la cérémonie de remise de décoration à Mme Yuko Hasegawa

Chère Yuko Hasegawa,
Chers ami(e)s,
Minasama konbawa,

C’est un honneur et un grand plaisir pour moi de vous accueillir aujourd’hui à l’Ambassade de France pour vous remettre dans quelques instants les insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres. Je tiens à saluer la présence parmi nous de M. Ryohei Miyata, Commissaire à la Culture, que je félicite pour sa récente nomination, M. Taizo Mikazuki gouverneur du Shiga, mon homologue et ami M. Andre Do Lago Ambassadeur du Brésil, ainsi que S.A. Hoor Al-Qasim Sheikha et les nombreux invités dont certains sont venus de l’étranger et de France notamment pour cette belle occasion.

Vous me permettrez peut-être de commencer par expliquer ce que représente cette distinction. L’ordre des Arts et des Lettres récompense les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde.

Chère Yuko Hasegawa,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer votre contribution majeure au domaine des arts visuels au Japon et au dialogue des cultures. Vous êtes sans conteste une personnalité essentielle du monde l’art au Japon et une commissaire de renommée internationale ! Sans cesse à parcourir le monde, vous êtes partout : on me dit d’ailleurs que vous arrivez tout juste de New York.

Après une formation à l’Université de Kyoto puis à la si réputée université des arts de Tokyo (Geidai), vous avez commencé votre carrière de commissaire dans les années 90, au Contemporary Art Center du Art Tower Mito - un des tous premiers lieux consacrés à la création contemporaine au Japon : vous y organisez en 1993 une exposition intitulée Another World, était-ce là déjà une préfiguration de votre destinée au croisement des mondes ?

Vous vous envolez ensuite pour un an au Whitney Museum de New York grâce à une bourse de l’Asian Cultural Council. À votre retour, vous rejoignez le Setagaya Art Museum où vous œuvrez pendant 6 ans comme commissaire en chef.

Au tournant du XXIème siècle, vous fondez avec l’agence d’architecture SANAA (je salue Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa présentes avec nous ce soir), le 21st Century Museum of Contemporary Art, où vous avez été la conservatrice en chef puis la directrice artistique de 1999 à 2006.

Vous êtes nommée en 2001 commissaire générale de la 7ème Biennale d’Istanbul « Ego Fugal ». L’année suivante vous êtes co-commissaire de la Biennale de Shanghai. En 2003, vous êtes commissaire du Pavillon japonais à la 50ème Biennale de Venise avec les artistes Yutaka Sone et Motohiko Odani.

En 2006, vous intégrez le musée d’art contemporain de Tokyo (le « MOT ») en tant que commissaire en chef, rôle que vous assurez encore aujourd’hui avec brio et dans le cadre duquel vous n’avez de cesse d’organiser des expositions ambitieuses dans le but de susciter l’intérêt ou l’attention du public japonais pour l’art contemporain.

En parallèle, et avec un don d’ubiquité peu commun puisque vous êtes sur tous les continents et sur tous les principaux projets d’art contemporain, vous conduisez la même année la Biennale de Séoul puis en 2010 celle de São Paulo. En 2010, vous conseillez la Biennale d’architecture de Venise.

Depuis 2011, vous avez en charge la direction artistique d’Inujima Art House Project au Benesse Art site Naoshima - et en 2013 vous êtes commissaire générale de la 11ème Biennale de Sharjah pour laquelle vous choisissez le titre Re Emerge – toward a new cultural cartography

L’agence japonaise pour les affaires culturelles (Bunkacho) ne s’y est pas trompée en vous nommant en 2014 Ambassadrice culturelle du Japon. Dans ce cadre, c’est à Paris que vous choisissez de résider plusieurs mois, en plein cœur de la ville, à la Cité internationale des Arts, qui vous sert de base pour silloner la France et l’Europe : un jour à Karlsruhe pour préparer l’exposition qui se tient actuellement au ZKM (« Globale : New Sensorium : Exiting from the Failures of Modernization »), un autre jour à Istanbul, un troisième dans telle ou telle ville de France, donnant des conférences sur l’architecture contemporaine japonaise, un jour encore avec Xavier Veilhan à l’Abbaye de Cluny, sans compter, dans les rares brèches de ce programme sans répit, de nombreux aller-retour Paris-Tokyo pour assurer les cours que vous dispensez à la faculté des Arts de l’Université de Tama et à Geidai.

Vous êtes une de ces personnalités de la scène artistique japonaise à avoir développé un dialogue constant avec les formes artistiques étrangères, jouant un rôle pionnier dans son internationalisation et permettant aux artistes japonais d’entrer en dialogue avec ces derniers et réciproquement.

Vous êtes sur tous les fronts, vous êtes dans l’action, sans trêve !

Vous écrivez aussi et l’une de vos contributions remarquées est Modern Women : Women Artists publication du MoMa pour laquelle vous empruntez le concept de « performativité » (concept développé par la philosophe féministe Judith Butler dans son livre Gender Trouble publié en 1990) pour étudier les œuvres d’artistes japonaises des années 50, 60 et 70.

Cet essai est pour moi très révélateur d’un autre aspect de votre personnalité et rappelle le rôle prépondérant qu’ont joué les artistes femmes japonaises dans l’histoire de l’art contemporain. Citons Yayoï Kusama, Atsuko Tanaka, Yoko Ono à qui vous avez consacré une exposition récemment ou encore Fujiko Nakaya, qui ont ouvert la voie à des artistes femmes telles que Rei Nato, Aya Takano ou Chiho Aoshima membres de l’agence de Takashi Murakami kaïkaïkiki, Sako Kojima, Akiko Miyanaga.

Aujourd’hui, alors que le Japon s’interroge sur le rôle de la femme dans la société contemporaine, nul ne doute que vous êtes, chère Yuko Hasegawa, une pionnière en ce domaine et vous avez dû travailler d’arrache-pied pour parvenir à ce statut de référence incontestée dans votre domaine.

Avant de conclure, je souhaite emprunter à une figure du féminisme japonais, Akiko Yosano cette citation de tanka.

Gôsho yori / Tsukuri itonamu / Dendô ni
Ware mo / Kogane no / Kugi hitotsu utsu.

Depuis la Genèse,
Nous bâtissons assidus,
Un grand édifice.
Je me permets, moi aussi,
D’y donner un petit clou d’or.

Chère Yuko Hasegawa, votre petit clou d’or est une contribution majeure à l’art contemporain japonais et international, au développement du dialogue des cultures, au rôle de la femme dans le monde de l’art et de la société. Ces valeurs sont également celle de la France et des Français.

Je sais que vous travaillez actuellement à un important projet dédié à la création japonaise des années 70 à ce jour, qui se tiendra au Centre Pompidou-Metz à l’automne 2017 et je m’en réjouis !

Pour toutes ces raisons dont la liste éblouit et fascine, au nom de la Ministre de la Culture, je vous remets aujourd’hui les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

dernière modification le 19/04/2016

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