Remise de l’Ordre des Arts et des Lettres à M. Toshio Shimizu [ja]

M. Toshio Shimizu, critique, commissaire d’exposition, directeur de Toshio Shimizu Art Office et professeur d’université, a reçu le 30 mars 2016 les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres des mains de Claire Thuaudet, conseillère culturelle de l’Ambassade de France au Japon.

M. Toshio Shimizu, critique, commissaire d'exposition, directeur de Toshio Shimizu Art Office et professeur d'université
M. Toshio Shimizu, critique, commissaire d’exposition, directeur de Toshio Shimizu Art Office et professeur d’université
M. Toshio Shimizu et Mme Claire Thuaudet
M. Toshio Shimizu et Mme Claire Thuaudet

 

Discours de Claire Thuaudet, conseillère culturelle et directrice de l’Institut français du Japon

Cher Toshio Shimizu,
Cher ami, chers ami(e)s,
Minasama konbawa,

C’est un honneur et un plaisir pour nous de vous accueillir aujourd’hui à l’Ambassade de France pour vous remettre dans quelques instants les insignes les insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres. Vous me permettrez peut-être de commencer par expliquer à chacun ici présent ce soir ce que représente cette distinction. L’ordre des Arts et des Lettres récompense les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde. Il s’agit d’un ordre prestigieux et c’est toujours pour moi un grand honneur de remettre ces insignes. Permettez-moi de rappeler les raisons pour lesquelles la Ministre de la Culture a tenu à vous remettre cette distinction.

Ce rayonnement des arts, cher Toshio, vous y contribuez depuis de nombreuses années à travers votre engagement permanent pour le développement de l’art et de l’art contemporain tout particulièrement au Japon et à l’étranger. Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer votre contribution majeure au domaine des arts visuels au Japon et au dialogue des cultures. Parfaitement francophone et francophile vous avez suivi des cours de civilisation à la Sorbonne dès 1975 et êtes sorti diplômé en langue et littérature française de l’Université de Tokyo – vous nous direz peut-être après si c’est grâce à la langue et la culture française que vous vous êtes tourné vers l’art- avant d’intégrer la fameuse École du Louvre où vous vous êtes spécialisé sur le plus français des artistes japonais, Tsuguharu Foujita, sur lequel vous avez d’ailleurs publié un ouvrage en 2002.

À votre retour au Japon, vous avez conservé ce lien avec la France en travaillant d’emblée dans le plus français des musées tokyoïte, le Teien Museum, l’un des plus illustres témoignages mondiaux du style Art Déco, conçu en 1933. Vous ne pouviez pas choisir de lieu plus emblématique de l’ancienneté et de l’intensité des relations culturelles franco-japonaises : réalisé en faisant appel au savoir-faire des meilleurs artistes et artisans français, René Lalique en particulier, sous le contrôle du décorateur français Henri Rapin, puis transformé en musée, il comprend nombre d’œuvres d’artistes français dans ses collections et consacre une grande part de ses expositions à la création française.

De 1991 à 1997, vous avez été le premier directeur d’Art Tower Mito, un des tous premiers lieux consacrés à la création contemporaine au Japon. Vous y avez organisé de nombreuses expositions plus ambitieuses les unes que les autres, présentant au public les grands noms de la scène artistique internationale dont Daniel Buren, Christo, Jean-Pierre Raynaud, Piotr Kowalski notamment mais des artistes également émergents à l’époque tels que Michel Blazy, Jean-Baptiste Bruant, Claude Closky, Philippe Coindet Didier Courbot, Valérie Jouve, Franck Scurtis, et des artistes du continent africain également. Vous êtes une de ces rares personnalités de la scène artistique japonaise à avoir développé un dialogue constant avec les formes artistiques étrangères, jouant un rôle pionnier dans son internationalisation et ce, afin de permettre aux artistes japonais d’entrer en dialogue avec ces derniers et réciproquement.

Passionné par les échanges culturels internationaux, vous œuvrez à construire un dialogue permanent entre les artistes, critiques d’art et commissaires de nombreux pays et cherchez autant que possible à rapprocher les œuvres d’art du grand public. Vous vous engagez ainsi non seulement dans des projets artistiques (art award, sélection d’œuvres à installer) au Tokyo Midtown à Roppongi mais aussi dans plusieurs événements de l’art contemporain internationaux, notamment chinois. Directeur artistique du Pavillon du Japon à l’Exposition universelle de 2010 à Shanghai, vous participez également à rendre international le travail des artistes japonais.

Poussé par une curiosité débordante et fort d’une ouverture d’esprit sans limites, vous partez travailler aux États-Unis pendant 3 ans avant de revenir au Japon et de créer votre propre structure, Toshio Shimizu Art Office.

Vous êtes un des quelques curateurs et producteurs japonais qui n’hésitent pas à se lancer sur des projets audacieux d’art contemporain et notamment dans l’espace public, chose rare au Japon. Ayant pour devise « Connecting People, Connecting Cultures, Connecting Communities », vous produisez des œuvres et projets pour des collections d’entreprises, des écoles, des gares, des parcs, des centres commerciaux ou encore des hôtels. C’est un peu votre marque de fabrique. Mais au-delà des pièces produites, vous œuvrez à la reconnaissance de la culture comme axe de développement des communautés et de la société.

En parallèle, vous enseignez depuis plusieurs années dans différentes universités (Tokyo Zokei, Meiji Gakuin, Université de Tokyo…) et vous organisez depuis 2004 des séminaires de management culturel au Gakushuin Women’s College en invitant des personnes reconnues, japonaises ou étrangères, sur des thématiques telles que le rôle du musée et de la création contemporaine et sa contribution au développement sociétal. Ce type de programme, encore assez rare dans les universités japonaises, est essentiel pour le renouvellement et l’évolution des professionnels du monde de l’art.

Vous êtes sur tous les fronts, vous êtes dans l’action, sans arrêt : des activités de commissariat d’exposition, production, critique, enseignement, écriture et publication, de médiation et d’éducation, vous mettez tout en œuvre pour développer des projets qui aident la vie des citadins, des enfants, des jeunes, des personnes âgées, des individus en quête d’expression artistique, d’échanges, d’innovation, d’intégration en somme dans lesquels l’objet d’art est une constante. Votre conviction que l’art permet aux hommes de mieux se comprendre, de se rapprocher, d’être plus dans l’empathie dans leur rapport aux autres vous suit, vous guide dans vos choix.

Ces valeurs si chères au cœur de la France et des Français constituent aussi pour nous une illustration de votre fidélité et de votre amitié à l’égard de la France. Vous êtes un partenaire et un relais d’influence précieux pour la France et ses artistes. Il était donc naturel que la France, en retour, vous exprime sa gratitude.

C’est avec beaucoup de plaisir qu’au nom de la Ministre de la Culture, je vous remets aujourd’hui les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

dernière modification le 19/04/2016

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