Référendum britannique du 23 juin 2016 sur l’Union européenne [ja]

Entretien du Président de la République François Hollande avec Les Echos (30 juin 2016)

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Comment avez-vous réagi au choc de l’annonce du Brexit ?

Le choc a été d’autant plus fort qu’il n’avait pas vraiment été anticipé, y compris par les dirigeants britanniques qui avaient déclenché le référendum et surtout par ceux qui avaient appelé au Brexit. Il y a toujours une forme de naïveté qui consiste à penser, malgré les leçons de l’histoire, que tout finira par s’arranger et que la raison et l’esprit européen l’emporteront sur le nationalisme et l’extrémisme. L’Union n’est pas un processus irréversible et le vote britannique ramène à l’essentiel. Quelle Europe veut-on ? Et avec qui ? Depuis le scrutin, chacun mesure combien il est attaché à l’Europe malgré ses insuffisances et aussi combien il est douloureux de la quitter. La première victime du divorce, ce n’est pas l’Europe, c’est le Royaume-Uni. Et trop souvent, l’Europe, on l’aime quand on n’y est pas ou quand on n’y est plus. Eh bien, il faut la défendre pour ce qu’elle est : un espace de paix, de solidarité et d’avenir. À condition que l’Union protège les peuples. Un sursaut est nécessaire. L’immobilisme conduirait tôt ou tard à la dislocation.

Le Royaume-Uni va-t-il vraiment quitter l’Union ?

Oui. C’est sa décision. Elle doit être mise en œuvre. Il n’y a pas de temps à perdre. C’est ce que le Conseil européen d’hier a exprimé avec clarté et dans l’unité des 27. Le respect dû aux Britanniques et à l’Europe justifie de procéder à la séparation. Toute autre réaction laisserait penser que chaque fois qu’un référendum donne un résultat qui ne convient pas, il faut en toute hâte en organiser un second. L’Europe a besoin de stabilité et de sécurité pour mieux se concentrer sur ses priorités. Il n’y aura de négociation avec le Royaume-Uni que dans le cadre de la séparation prévue par l’article 50 des traités. Et il n’y aura pour la Grande-Bretagne d’accès au marché unique que si les libertés de circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes sont garanties. On ne peut transiger là-dessus. Quant à la France, elle continuera à avoir des rapports étroits avec ce grand pays ami qu’est le Royaume-Uni. Nous maintiendrons notre coopération de défense et de lutte contre le terrorisme tout comme notre action pour maîtriser l’immigration clandestine.

Londres ne déclenchera l’article 50 sur la demande de sortie de l’UE que début septembre…

J’aurais préféré que ce soit immédiat, mais j’ai accepté ce calendrier, dès lors qu’il est connu et qu’il n’est pas négociable.

Le Brexit est-il une victoire du peuple ou du mensonge ?

Le mensonge a pu abuser le peuple britannique. Il lui appartiendra d’en tirer le moment venu les conclusions envers les dirigeants qui l’ont fourvoyé. Mais son choix est irrévocable. La démocratie n’est pas une partie de poker surtout quand ceux qui jouent engagent des partenaires qui ne sont pas autour de la table.

Comment juguler ce mouvement d’euroscepticisme qui risque d’affaiblir l’UE ?

Cette montée du populisme en Europe n’a cessé de s’amplifier depuis une décennie. L’Europe doit regarder cette réalité en face. Au Conseil européen, j’ai demandé que l’Europe se concentre sur la sécurité, le contrôle des frontières extérieures, la lutte contre le terrorisme, la défense de notre continent, car les citoyens veulent d’abord être protégés. Nous devons également bâtir une Europe puissante autour de la croissance, des investissements et de l’emploi dont la jeunesse doit être la première bénéficiaire. Sur la zone euro je veux engager notamment avec l’Allemagne une harmonisation sociale et fiscale. Enfin, le fonctionnement de l’Europe doit changer sans qu’il soit nécessaire de bouleverser les traités. C’est la condition pour que l’Europe retrouve confiance dans son avenir et suscite à nouveau l’espérance.

Le sentiment est que l’Allemagne n’a ni les mêmes ambitions ni le même rythme en tête…

Angela Merkel est consciente qu’une nouvelle impulsion est nécessaire. Elle est très attachée au couple franco-allemand. Il a fait ses preuves ces dernières années sur le règlement de la crise bancaire, sur la Grèce, sur l’Ukraine et même sur les réfugiés. Nous n’allons pas attendre les élections de l’année prochaine pour prendre des initiatives. Ces rendez-vous en mai en France, en septembre 2017 en Allemagne, seront néanmoins l’occasion de faire valider par nos peuples les réformes qui nous semblent souhaitables en Europe et que nous leur présenterons.

La France a-t-elle le poids pour impulser des réformes ? « La France de François Hollande n’est une référence pour personne », dit Alain Juppé…

Heureusement que la France a eu le poids politique pour éviter qu’en 2012 l’Europe amplifie encore l’austérité qui avait été instaurée deux ans plus tôt, et notamment à l’initiative du gouvernement dont Alain Juppé était un membre important. Heureusement aussi que la France a pu imposer l’union bancaire malgré les réticences allemandes et qu’elle a pu encourager une politique monétaire plus accommodante à l’initiative de la Banque centrale. Heureusement que la France a pu mettre tout son poids pour maintenir la Grèce dans la zone euro, alors qu’une partie de la droite nous demandait ici de l’écarter. Heureusement que la France a pu être suffisamment convaincante pour obtenir la solidarité de l’Europe après les attaques terroristes du mois de novembre et obtenir l’appui des pays membres à nos interventions en Afrique. Heureusement que j’ai pu avec Mme Merkel rétablir les principes de Schengen qui avaient été suspendus pendant quelques mois. Et je revendique l’accord avec la Turquie alors que de 2007 à 2012, onze chapitres de négociation avaient été ouverts sans contrepartie !

Que suggérez-vous précisément sur la zone euro ?

Il s’agit d’abord d’en finir avec des distorsions de concurrence en commençant par l’impôt sur les sociétés. Ensuite de créer un budget de la zone euro pour financer des investissements dans des secteurs stratégiques (numérique, transition énergétique…). Et de prévoir enfin une gouvernance économique sous le contrôle d’un Parlement de la zone euro.

Un budget de la zone euro, est-ce vraiment réaliste ?

La zone euro ne peut être une addition de règles et de disciplines, elle doit porter des politiques communes en faveur de la préparation de l’avenir. Il ne s’agit pas de créer un impôt supplémentaire. Des transferts sont possibles. Il doit être possible de lier nos efforts de défense et le respect des disciplines budgétaires indispensables.

Selon quel calendrier ?

Les 27 ont fixé mercredi les règles qui doivent organiser le départ de la Grande-Bretagne. Aucune négociation ni discussion informelle n’aura lieu avec Londres tant que la demande formelle de divorce ne nous aura pas été adressée - procédure connue sous le nom d’article 50. Ensuite, il y aura en septembre un Sommet spécial à Bratislava pour avancer sur l’avenir de l’Europe. Des décisions concrètes devront aussi être prises pour la sécurité, la croissance et les jeunes. Je veux aller vite. Attendre c’est renoncer. Le 60e anniversaire du Traité de Rome en mars prochain sera l’occasion d’illustrer l’unité des Européens autour de cette nouvelle impulsion. Vouloir un débat démocratique sur les priorités de l’Union me paraît une nécessité. Mais j’écarte les faux-semblants. Proposer un nouveau traité d’ici à 2017 est une illusion et une impasse.

Sur les migrations du travail, que faut-il changer ?

Mais qui a négocié cette directive ? Les libéraux, et en premier lieu les Britanniques ! Qui voulait de la main-d’œuvre bon marché venant de l’Est de l’Europe ? La droite européenne et au premier chef les conservateurs anglais. Ils en paient le prix aujourd’hui. La France ne demande pas de remettre en cause la libre circulation des personnes, mais de supprimer les abus par un encadrement strict des « détachements » et une sanction des employeurs indélicats. C’est une discussion difficile car les pays de l’Est sont hostiles. Nous devons y parvenir. Sinon, les dérives sur le travail détaché vont ronger l’Europe.

Que répondez-vous à ceux qui réclament en France un référendum sur l’Europe ?

Pourquoi organiser un tel tumulte et une telle confrontation, si ce n’est pour quitter l’Union européenne ? Les mensonges, les simplifications, les outrances et même les violences que l’on a constatées pendant la campagne référendaire au Royaume-Uni ne suffisent donc pas à ces apprentis sorciers ? Il ne s’agit évidemment pas de se méfier du peuple. Mais le rendez-vous démocratique sur l’Europe, il aura lieu en France lors de la prochaine présidentielle. Le Front national, qui voulait jusqu’à maintenant abandonner l’euro, annonce désormais qu’il fera campagne pour que notre pays quitte l’Union européenne, comme le Royaume-Uni aujourd’hui. Eh bien en 2017, ce débat devra être assumé. Et l’expérience britannique aura valeur d’exemple ou plutôt de contre-exemple.

Quelle Europe de la défense souhaitez-vous ?

La défense européenne a été déléguée à l’Otan. La France a veillé à toujours garder sa propre autonomie de décision. Or un continent ne peut être respecté que s’il est puissant, économiquement mais aussi politiquement, c’est-à-dire capable de se protéger, de se défendre et de se projeter. Les efforts de défense sont insuffisants en Europe, hormis celui de la France. Cette situation n’est plus acceptable. Chacun doit contribuer davantage à la sécurité de l’Europe. L’Allemagne est en train d’évoluer sur le sujet. J’étudie avec intérêt les propositions de Thierry Breton pour créer un fonds européen de la défense. L’idée est de mutualiser des investissements, y compris les dépenses liées à la sécurité de nos frontières.

Allez-vous dérouler le tapis rouge pour les investisseurs britanniques, comme l’avait fait jadis David Cameron ?

Je n’aurai pas l’indécence de lancer ce genre d’appel. Je me garderai de parler de « tapis rouge à dérouler » et mieux vaut faire attention à ce type de formules. Elles peuvent se retourner contre leur auteur… Mais la France doit être en situation d’accueillir tous les talents et tous les investissements.

La place financière de Paris estime que la City doit perdre son passeport européen, qui permet à une banque implantée à Londres d’opérer sur tous les marchés de la zone euro…

Ce n’est pas négociable. Le Royaume-Uni redevenant un pays tiers, le passeport financier européen devra disparaître, de même que ce sera la fin du passeport commercial et du passeport européen tout court. Autre point clef : les opérations de compensation en euros ne pourront plus se faire à Londres. Le Royaume-Uni a bénéficié pendant longtemps de dérogations, alors même qu’il n’était pas dans la zone euro. Ce ne sera plus possible. Il est légitime et logique que les banques françaises s’organisent et se préparent en conséquence. Et nous devons adapter nos règles, y compris fiscales, pour rendre la place financière de Paris plus attractive.
N’est-ce pas contradictoire de vouloir créer une taxe sur les transactions financières ?
Nous travaillons avec plusieurs pays dont l’Allemagne sur le projet de TTF dans le cadre d’une coopération renforcée. Certains nous disaient que, si on introduisait cette taxe, des activités allaient partir à Londres, cet argument ne tient plus.

Le Brexit va-t-il entraver la reprise en France ?

D’abord, il y a bien une reprise en France et un début d’inversion de la courbe du chômage. C’est un fait indiscutable. Notre croissance sera supérieure à 1,6 % cette année, ce qui nous permettra de créer au moins 200.000 emplois. Le Brexit aura surtout un impact défavorable pour le Royaume-Uni et c’est par le biais d’une éventuelle récession outre-Manche qu’il peut y avoir un risque pour la zone euro et pour la France. Nous devons le conjurer par un soutien encore plus consistant à l’investissement privé comme public. Et par une réponse européenne rapide et claire. Plus brève sera la période d’incertitude sur la place du Royaume-Uni dans l’Europe, plus limitées seront les conséquences du Brexit sur l’activité.

"C’est de l’avenir de chacun des peuples de l’Union qu’il s’agit.", Déclaration de Manuel Valls

Allocution de Manuel Valls à l’Assemblée nationale, 28 juin 2016

Le choc est historique : pour la première fois depuis le début de la construction européenne, un peuple a décidé de quitter l’Union.

On croit toujours les choses acquises … que ce qui a été fait ne peut être défait …
Combien de fois avons-nous entendu parler de l’irréversibilité de la construction européenne !

C’était sans compter sur l’histoire. Elle s’invite quand elle veut. Et surtout quand les peuples le décident ; quand les peuples rappellent à tous ceux qui leur disent : « vous n’avez pas le choix », « il n’y a pas de plan B », que, eux seuls, sont souverains.
Les Britanniques se sont exprimés. Il faut respecter ce choix démocratique. Il s’impose à nous tous.

Dès lors, l’alternative est simple : soit on fait comme toujours, en évitant l’évidence, en essayant simplement de colmater les brèches, avec des petits arrangements ; soit nous prenons enfin notre courage à deux mains, nous allons au fond des choses, nous faisons de ce choc, un électrochoc !

Car l’erreur historique serait de croire que ce référendum ne regarde que les Britanniques. Non ! C’est de l’avenir de chacun des peuples de l’Union qu’il s’agit. Donc aussi, et avant tout, celui du peuple français. C’est pourquoi, le gouvernement a souhaité venir s’exprimer devant vous, en plein accord avec le président de votre assemblée.

Parce que je crois profondément à l’Europe, par mes racines, mes origines, mes convictions, je refuse que ce grand dessein dérive. Je refuse qu’il chavire et sombre, entraîné par le poids grandissant des populismes. Je refuse que nous cédions au fatalisme, au pessimisme. Je refuse que nous subissions.

Pour cela, chacun doit réinterroger ses certitudes, se remettre en question.

Déclarations du Président de la République à son arrivée au Conseil européen (Bruxelles, 28 juin 2016)

Le Président : Les Britanniques ont fait un choix. À une large majorité, ils ont voulu sortir de l’Union européenne. Il faut en tirer toutes les conclusions, même si je regrette ce choix. Mais je veux le respecter. Donc, la première conclusion, c’est qu’il faut engager le plus vite possible la procédure de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et ensuite les négociations qui suivront.

Alors, quels moyens pouvons-nous déployer pour y parvenir ? Le premier moyen, c’est la conviction, je n’imagine pas un Gouvernement britannique, quel qu’il soit, ne pas respecter le choix de son propre peuple.

Ensuite, l’Europe a fait savoir qu’il fallait maintenant, le plus rapidement possible, que le Royaume-Uni dépose sa notification pour sortir de l’Union européenne, de manière à ce que nous puissions organiser sereinement les choses, dans l’intérêt du Royaume-Uni, sans doute, dans l’intérêt de l’Europe surtout.

Ensuite, nous avons aussi, en tant qu’Européens, à tirer un certain nombre de conclusions. Une nouvelle impulsion est nécessaire pour protéger nos frontières, investir davantage, nous tourner vers la jeunesse et organiser de manière plus démocratique la Zone Euro, de manière aussi à ce qu’elle puisse harmoniser les politiques fiscales et sociales.

Voilà ce que je vais défendre au Conseil européen et la position de la France – je n’en doute pas – sera la position qui sera retenue au niveau de l’Union européenne. Nous avons commencé à en discuter hier avec madame Merkel et avec monsieur Renzi pour l’Italie. Je suis tout à fait confiant dans l’idée qu’il n’y a pas de temps à perdre.

Parce qu’aujourd’hui, tout le monde nous regarde. Vous êtes là, nombreux, pas simplement des Européens, aussi des représentants de la presse internationale. Tout le monde a les yeux tournés vers l’Europe, l’Europe doit prendre ses responsabilités. Elle est suffisamment forte pour agir et pour agir dans son propre intérêt.

Journaliste : Est-ce un jour historique ?

Le Président : C’est un jour historique parce que nous devons, ici, admettre qu’un pays, en l’occurrence le Royaume-Uni, a décidé de sortir de l’Union européenne. Je sais que c’est douloureux. C’est douloureux notamment au Royaume-Uni, y compris même pour des électeurs qui ont pu voter pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais lorsque le peuple vote, où que ce soit, dans la démocratie, il faut respecter les choix et respecter le suffrage universel.

C’est un jour historique, mais en même temps, c’est aussi pour l’Europe l’histoire qui continue. L’Europe ne s’arrête pas. Pour le Royaume-Uni, l’histoire s’arrête avec l’Union européenne. Mais pour l’Europe, l’histoire continue. Beaucoup de peuples se posent la même question : Qu’est-ce que l’on ferait si on était confrontés à ce choix ? En regardant la situation du Royaume-Uni aujourd’hui – même si je souhaite que les choses puissent trouver leur solution, notamment dans les discussions et les négociations qui vont s’engager pour la sortie – mais quand même, on se dit que l’Europe, si on sait bien la mener, si on sait bien la diriger, est une chance de plus pour les peuples qui la constituent.

Une Europe forte dans un monde incertain", Contribution de Jean-Marc Ayrault Ministre des Affaires étrangères et du Développement international et de Frank-Walter Steinmeier, Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne

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La décision du peuple britannique marque un tournant dans l’histoire de l’Europe.
L’Union européenne perd non seulement un État membre, mais une part d’histoire, de traditions et d’expérience qui nous ont accompagnés au cours des dernières décennies. La France et l’Allemagne prennent acte de cette décision avec regret. Cette situation nouvelle aura des conséquences tant pour le Royaume-Uni que pour l’UE. Le Traité de Lisbonne prévoit les procédures pour assurer la sortie ordonnée d’un État membre (article 50). Lorsque le gouvernement britannique aura activé ces procédures, nous serons prêts à aider les institutions européennes dans les négociations visant à clarifier les relations futures entre l’UE et le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni est un cas à part. Toutefois, il nous faut reconnaitre que le soutien à notre projet commun s’est émoussé au cours de la décennie passée dans certains secteurs de nos sociétés. Nous ne pouvons pas nous contenter ni d’un simple appel à plus d’Europe ni d’une phase de réflexion. Pour éviter une érosion rampante de notre projet européen, nous devons nous recentrer sur les fondamentaux et sur les réponses à donner aux attentes concrètes de nos concitoyens. Nous sommes convaincus qu’ils n’entendent pas remettre en question l’existence de l’Union, mais expriment plutôt leur insatisfaction face à son mode de fonctionnement. Notre tâche est double : concentrer nos efforts communs et tenir nos engagements sur les défis qui ne peuvent être relevés que par des réponses européennes, tout en laissant les autres enjeux dans le ressort des échelons nationaux ou régionaux.

La France et l’Allemagne demeurent fermement convaincues que l’Union européenne offre un cadre unique et indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de l’Europe, pour définir des relations pacifiques et mutuellement bénéfiques entre ses peuples et pour contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde. Nos deux pays partagent un même destin et des valeurs communes qui constituent le fondement d’une union toujours plus étroite entre nos peuples. Nous continuerons donc d’avancer vers une union politique en Europe, et invitons les autres Européens à se joindre à nous dans cet effort.

"Nous proposons trois priorités essentielles pour une action renforcée et approfondie fondée sur des objectifs concrets", déclaration conjointe de François Hollande Président de la République française, d’Angela Merkel Chancelière de la République fédérale d’Allemagne et de Matteo Renzi Président du Conseil de la République italienne (Berlin, 27 juin 2016)

Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique a exprimé le souhait de quitter l’Union européenne.

La France, l’Allemagne et l’Italie respectent cette décision. Nous regrettons que le Royaume-Uni ne sera plus notre partenaire au sein de l’Union européenne.

Nous avons pleinement confiance dans le fait que l’Union européenne est assez forte pour apporter aujourd’hui les bonnes réponses. Il n’y a pas de temps à perdre.
Aujourd’hui, nous exprimons notre ferme engagement pour l’unité de l’Europe. Nous sommes fermement convaincus que l’Union européenne est essentielle pour rendre nos pays plus forts en agissant ensemble, avec nos institutions communes, afin de garantir le progrès économique et social de nos peuples et d’affirmer le rôle de l’Europe dans le monde.

Depuis près de soixante ans, l’Union européenne constitue une communauté unique de droits, de libertés et de valeurs communes. Elle nous permet de sauvegarder notre modèle social européen, qui associe la réussite économique et la protection sociale. Elle nous permet de préserver la diversité culturelle. Le marché unique, nos politiques communes et l’euro n’ont pas d’équivalent dans le monde. Ces réalisations sont le fondement de notre prospérité. Ensemble nous défendons nos intérêts et des échanges libres et équitables dans le monde. Ensemble nous progressons dans notre politique énergétique et ensemble nous contribuons à la protection du climat au niveau mondial. Ensemble nous contribuons à la stabilité et au développement dans le monde et nous promouvons la liberté.

Nous sommes tout aussi fermement convaincus que l’Union européenne ne peut à nouveau aller de l’avant que si elle continue à s’appuyer sur le soutien de ses citoyens. Pour cela, l’Union européenne doit répondre aux préoccupations exprimées par les peuples en clarifiant ses objectifs et son fonctionnement. Elle devrait être plus forte sur les priorités essentielles, là où les Européens doivent unir leurs forces, et moins présente là où les États membres sont mieux placés pour agir. Elle doit rester placée sous le contrôle démocratique de ses citoyens et doit être plus intelligible. Elle doit agir plus rapidement, en particulier pour mettre en œuvre des programmes et des projets qui apportent des bénéfices directs aux citoyens.

Discours du président de la république, Berlin, 27 juin 2016

Mesdames, Messieurs, je voudrais d’abord remercier Angela Merkel pour son accueil aujourd’hui.

Nous avions convenu, c’était à Verdun lors d’une cérémonie particulièrement émouvante, Angela et moi-même, de nous retrouver avant le Conseil européen et nous avons trouvé aussi tout à fait nécessaire d’associer Matteo Renzi à cette préparation et à cette réunion car nous sommes les trois grands pays de l’Union européenne.

Avec bien sûr le Royaume-Uni, mais le Royaume-Uni a pris une décision. C’était un référendum qui avait été annoncé depuis déjà longtemps. L’Union européenne – et nous y avions travaillé ensemble – avait cherché à trouver les bonnes formules pour que le peuple britannique puisse répondre favorablement à la question qui lui était posée et nous avons eu le résultat. C’est donc la sortie qui l’a emporté. Nous regrettons profondément ce choix, même s’il a été partagé par 52%, ça veut dire que 48% voulaient rester et notamment beaucoup de jeunes.

Nous le regrettons parce que le Royaume-Uni est un pays ami, allié et qui est géographiquement, historiquement en Europe. Mais nous devons respecter cette décision. C’est notre devoir par rapport à un peuple qui s’est exprimé, une consultation qui a eu lieu et un débat qui a été particulièrement long et qui nous a d’ailleurs occupé nous aussi au plan de nos réunions européennes.

Mais nous devons faire preuve dans ce moment, à la fois de tristesse, mais aussi de responsabilité car c’est la nôtre. La responsabilité, c’est de ne pas perdre de temps. Ne pas perdre de temps ni pour traiter convenablement la question du départ du Royaume-Uni, ne pas perdre de temps non plus pour traiter la question de la nouvelle impulsion que nous devons donner à la nouvelle Union européenne donc à 27.

Pourquoi ne pas perdre de temps ? Parce que rien n’est pire que l’incertitude.

L’incertitude génère des comportements politiques souvent irrationnels. L’incertitude génère aussi des comportements financiers qui peuvent être également irrationnels. C’est déjà le Royaume-Uni qui en fait l’expérience et elle est douloureuse et au plan politique et au plan financier. Mais il ne faut pas qu’il y ait de conséquences sur l’Europe car l’Europe est solide, l’Europe est forte et l’Europe est un projet qui doit se poursuivre même si des modifications doivent intervenir et des priorités être réaffirmées.

Alors ne pas perdre de temps, c’est comme il a été dit par Angela, faire en sorte que la notification par les Britanniques intervienne le plus rapidement possible, qu’il n’y ait pas de pré-négociations avant cette notification et une fois qu’elle sera prononcée, qu’elle sera transmise aux institutions européennes, d’avoir cette phase de négociations au titre de l’article 50. C’est mieux pour l’ensemble de l’Europe d’avoir cette procédure et qu’elle intervienne le plus tôt possible.

"Cette décision du peuple britannique constitue un tournant de l’histoire de l’Europe", Déclaration conjointe des ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères

Déclaration conjointe des ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères, 25 juin 2016

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Cette décision du peuple britannique constitue un tournant de l’histoire de l’Europe.

L’Union européenne perd non seulement un État membre mais un ensemble considérable d’histoire, de traditions et d’expérience.

Cet événement crée une situation nouvelle. Du fait de la décision du peuple britannique, l’accord auquel le Conseil européen des 18 et 19 février était parvenu cesse d’exister. Nous attendons à présent du gouvernement britannique qu’il fasse preuve de clarté en donnant effet à cette décision dès que possible. Les dispositions pertinentes du Traité de Lisbonne (article 50 du Traité sur l’Union européenne) permettent un départ en bon ordre. Nous sommes prêts à travailler avec les institutions lorsque les négociations en vue de définir et de clarifier les relations à venir entre l’UE et le Royaume-Uni auront commencé.

"Nous avons transmis des propositions qui portent sur des questions de sécurité, de défense, de relance de l’investissement, de citoyenneté", entretien de Jean-Marc Ayrault dans le Parisien

Interview de Jean-Marc Ayrault dans Le Parisien, 25 juin 2016

Ce Brexit marque-t-il un coup d’arrêt à l’Europe ?
Bien sûr que non. Il ne faut pas se laisser décourager par la décision du peuple britannique. Mais c’est un choc. D’abord pour le Royaume-Uni, mais aussi pour l’Europe. Pour le Royaume-Uni, c’est une page qui se tourne. C’est la première fois qu’un pays européen depuis la création de l’Union européenne décide de la quitter. C’est une décision grave, mais ce n’est pas le chaos. Nous sommes dans un cadre institutionnel avec un traité qui a prévu une telle situation. Gardons notre sang-froid. Il faudra organiser une relation nouvelle entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne, qui deviendra pour elle un pays tiers. Cela n’empêche pas l’UE d’avancer et de se réformer.

"La France sera à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel", déclaration de François Hollande

Déclaration du Président de la République à la suite du référendum britannique, 24 juin 2016


Déclaration à la suite du référendum britannique

"Les Britanniques par référendum ont décidé de quitter l’Union européenne. C’est un choix douloureux et je le regrette profondément pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Mais ce choix est le leur et nous devons le respecter, en en tirant toutes les conséquences.

La Grande-Bretagne ne fera donc plus partie de l’Union européenne et les procédures prévues par les traités seront rapidement appliquées, c’est la règle et c’est la conséquence.

La France pour elle-même et pour la Grande-Bretagne continuera à travailler avec ce grand pays ami, auquel l’Histoire et la géographie nous unissent par tant de liens, sur le plan économique, humain, culturel et je n’oublie pas nos relations étroites en matière de défense qui seront préservées.

Le vote des Britanniques met gravement l’Europe à l’épreuve. Elle doit montrer dans ces circonstances sa solidité et sa force, en apportant les réponses nécessaires pour maîtriser les risques économiques et financiers du départ du Royaume-Uni. Des mesures sont d’ores et déjà prises et j’ai confiance dans leur efficacité.

Mais la décision britannique exige aussi de prendre lucidement conscience des insuffisances du fonctionnement de l’Europe et de la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte.

Le danger est immense face aux extrémismes et aux populismes. Il faut toujours moins de temps pour défaire que pour faire, pour détruire que pour construire. La France, pays fondateur de l’Europe, ne l’acceptera pas.

Un sursaut est nécessaire. L’Europe pour aller de l’avant ne peut plus faire comme avant. Les peuples attendent de l’Union européenne qu’elle réaffirme ses valeurs, valeurs de liberté, de tolérance et de paix. L’Europe doit donc être une puissance qui décide souverainement de son destin et qui revendique son modèle.

La France sera donc à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel :

  • la sécurité et la défense de notre continent pour protéger nos frontières et pour préserver la paix face aux menaces ;
  • l’investissement pour la croissance et pour l’emploi pour mettre en œuvre des politiques industrielles dans le domaine des nouvelles technologies et de la transition énergétique ;
  • l’harmonisation fiscale et sociale pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties ;
  • enfin le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique.

L’Europe, et c’est ma conviction, doit porter des projets et non pas se perdre en procédures. Elle doit être comprise et contrôlée par les citoyens. Elle doit décider vite, là où on l’attend et laisser une fois pour toute aux Etats-nations ce qui relève de leurs seules compétences.

C’est le mandat que j’irai porter au Conseil européen mardi prochain. Je rencontrerai au préalable les responsables politiques des grandes formations de notre pays. J’irai également lundi à Berlin pour que, avec la Chancelière MERKEL et sans doute Matteo RENZI nous puissions également évoquer ce qui doit être fait, notamment pour la préparation de ce Conseil. L’Allemagne parce que de notre unité dépend la cohésion de l’ensemble de l’Union européenne. L’Europe est une grande idée et pas seulement un grand marché. Et c’est sans doute à force de l’avoir oublié qu’elle s’est perdue.

L’Europe doit continuer à être un espoir pour la jeunesse car c’est son horizon. Aujourd’hui, c’est l’Histoire qui frappe à notre porte. Ce qui se joue c’est la dilution de l’Europe au risque du repli ou la réaffirmation de son existence au prix de changements profonds.

Je ferai tout pour que ce soit le changement profond plutôt que le repli. Et la France a une responsabilité particulière parce qu’elle est au cœur de l’Europe, parce qu’elle a voulu l’Europe, parce qu’elle a bâti l’Europe, parce qu’elle est le pays qui peut entrainer les autres et qui est garant de l’avenir de notre continent.

C’est ma conviction de Français et d’Européen et c’est ce qui me déterminera dans la conduite de notre pays dans cette période si décisive mais dont nous savons que l’histoire aujourd’hui nous juge puisque l’histoire est là soyons à la hauteur de la circonstance que nous traversons.

Merci."

"Faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe", déclaration de Jean-Marc Ayrault

Déclaration de Jean-Marc Ayrault à son arrivée à la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg, 24 juin 2016

"J’ai tenu à être présent avec mes collègues ministres des affaires étrangères et secrétaires d’Etat aux affaires européennes ce matin.

Nous sommes tristes, mais c’est la décision du peuple britannique. Nous devons la respecter. Nous sommes tristes pour le Royaume Uni et nous sommes tristes pour l’Europe.

Mais il faut faire face, et faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe, continuer à mettre en œuvre ses priorités, tout en étant plus attentif encore aux aspirations des peuples de toute l’Europe. Il y a donc beaucoup de travail à faire.

Mais l’urgence aujourd’hui, c’est respecter le vote du peuple britannique. Je le dis car certains pensent que c’est le chaos. Non, ce n’est pas le chaos, car il y a des traités. Et le Traité européen prévoit en son article 50 les conditions du départ. Il ne faut donc pas qu’il y ait d’incertitude. Il faut que le gouvernement britannique fasse part de la décision officielle du peuple britannique et qu’on enclenche la mise en œuvre de cet article, pour la cohésion et la stabilité de l’Europe comme du Royaume Uni. Il y a urgence. Il n’y a pas de temps à perdre. Toute période d’incertitude serait préjudiciable.

Donc c’est de ces sujets que nous allons parler aujourd’hui. Nous reviendrons vers vous tout à l’heure.

Merci."

Suivez en direct les annonces et réactions françaises au résultat du référendum britannique :

dernière modification le 07/07/2016

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