Entretien avec Mme Angela Merkel, chancelière de la République fédérale d’Allemagne

Le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel ont tenu le 15 septembre 2016, un point de presse à l’issue de leur entretien.


Déclaration conjointe à la presse avec Angela... par elysee

Texte de la déclaration

Élysée – Jeudi 15 septembre 2016

Je suis très heureux d’accueillir Angela Merkel, ici, à Paris, à la veille du sommet de Bratislava. Nous avions convenu, Angela Merkel et moi-même, de préparer ce sommet dès lors qu’il prenait l’importance que l’on sait avec la décision britannique de quitter l’Union européenne.

Nous avons donc, la Chancelière et moi-même, multiplié les réunions. D’abord, nous avons associé Matteo Renzi et nous avons, ensemble, élaboré ce que pouvait être notre volonté de faire de Bratislava un sommet utile à l’Europe. Et nous avons aussi eu des entretiens avec l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des 27.

Nous avons aussi veillé à avoir, avec Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, les meilleures relations, de façon à ce que nous puissions, ensemble, porter les mêmes priorités et fixer les mêmes enjeux.

Je crois que nous devons être lucides sur la situation que connaît l’Europe. Je l’ai souvent rappelé, ce n’est pas une crise de plus, cela peut être la crise de son existence, de ses fondements-mêmes, et c’est pourquoi nous devons avoir à l’esprit de donner aux Européens une claire vision de ce que sera l’avenir.

Ce que je veux, avec la Chancelière, c’est que nous regardions en face les raisons qui ont pu conduire le Royaume-Uni à quitter l’Union européenne, que nous soyons conscients des inquiétudes qui existent en Europe. C’est vrai, par rapport à la capacité qu’à l’Union pour protéger ses frontières, pour maîtriser l’immigration. C’est vrai aussi en raison des menaces que nous devons conjurer à l’extérieur de l’Europe. Vous savez le travail que nous menons avec la Chancelière sur l’Ukraine. Vous savez aussi ce que nous faisons en Syrie et en Irak, pour ce qui concerne la France, pour assurer une solution politique.

Bref, nous connaissons les défis. Nous savons les enjeux. Mais nous devons aussi souligner ce que représente l’Europe, ce qu’est l’Europe. C’est-à-dire des valeurs, un esprit et des atouts considérables. Je ne parle pas simplement de la force économique, je rappelle que l’Europe est la première puissance économique du monde. Mais je pense à notre mode de vie, à notre modèle social, à la force de nos industries, à notre culture, que nous partageons, et dont nous utilisons d’ailleurs notre diversité pour la rendre encore plus riche.

Voilà ce qu’est l’Europe, et elle doit être toujours un espoir pour les jeunes générations, de savoir comment nous pouvons être ensemble, en fonction de ce qu’a été l’Histoire, mais en fonction aussi des objectifs que nous pouvons nous assigner pour le destin du monde, et nous l’avons montré notamment ici, à Paris, pour l’accord sur le climat. Et je souhaite que l’Europe puisse le plus rapidement possible ratifier l’accord de Paris, parce que nous devons, là-aussi, être exemplaires.

Alors, nous avons reconnu que le sommet de Bratislava devait être concentré sur trois grandes priorités. La première priorité est la sécurité. Nous devons protéger les Européens, assurer la sécurité des frontières. Nous devons veiller à la sécurité aussi par rapport à des menaces qui viennent de l’extérieur, la lutte contre le terrorisme. Nos deux ministres de l’Intérieur, français et allemand, ont produit un document qui a été utilisé ensuite par l’ensemble des pays membres de l’Union.

Et nous devons aussi protéger à travers une nouvelle impulsion pour l’Europe de la Défense.

De nouvelles capacités de Défense, et aussi des forces qui puissent se projeter à l’extérieur de l’Europe. Je rappelle que l’Allemagne nous avait apporté sa solidarité, comme d’ailleurs l’ensemble des pays européens, après les attaques terroristes, pour que nous puissions être soulagés quant à notre présence dans telle ou telle partie du continent africain. Donc, la première priorité est de protéger.

La deuxième priorité est de préparer l’avenir. L’Europe doit représenter, sur les industries nouvelles, sur les technologies que nous savons être celles de l’avenir, sur la transition énergétique, sur ce que nous pouvons également faire dans le numérique, dans l’espace, un grand projet pour que nous puissions être plus forts ensemble et que l’emploi, la croissance, puissent en être les conséquences. Et, là-aussi, nous avons vu dans les déclarations de Jean-Claude Juncker, hier, toutes les conditions pour que nous puissions donner toute sa place, toute sa force et son ampleur au plan Juncker.

Puis, la troisième priorité est celle qui est peut-être la plus essentielle si nous voulons être un continent d’avenir : c’est d’être capable de porter des valeurs, un esprit, une culture, et que la jeunesse puisse en être la première bénéficiaire, mais aussi la première concernée. Nous avons, là, un programme que nous pourrons développer, sur la mobilité, sur les échanges, sur les universités, sur la recherche, tout ce qui peut donner à la culture européenne justement cette vision que nous devons partager avec le reste du monde et qui permet de lier les peuples plutôt que de les diviser.

Je termine pour dire que ce que nous voulons faire aujourd’hui, ce que nous voulons faire surtout demain, à Bratislava, c’est établir un Plan de Bratislava, qui comprendrait un agenda, c’est-à-dire un calendrier de travail, avec des étapes, et une feuille de route. C’est autour de cette idée de Plan de Bratislava, de feuille de route, d’agenda, que nous devons nous réunir, et c’est ce qui a justifié notre rencontre d’aujourd’hui. Je sais que pour Angela c’est toujours difficile de trouver un moment à la veille d’un grand sommet, mais le fait qu’elle soit là, comme je l’ai été à Berlin il y a quelques semaines, prouve la force et la qualité de nos relations, et aussi l’amitié entre la France et l’Allemagne.

dernière modification le 20/09/2016

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