Discours de M. Jean-Marc Ayrault devant la communauté française

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M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international
© Ambassade de France au Japon

Institut français de Tokyo, 11 avril 2016

Merci Monsieur l’Ambassadeur d’avoir organisé cette rencontre qui se veut conviviale. Je suis heureux de vous saluer, je vous remercie Monsieur l’Ambassadeur pour les conditions de ma visite.

En effet, vous l’avez rappelé, je suis venu à l’occasion du G7, je vous en dirai quelques mots. Je voudrais aussi remercier l’ensemble des personnes présentes, saluer le directeur de l’Institut français, toutes les équipes qui sont ici, saluer aussi les élus qui viennent de France et qui sont en séjour ici. Je salue le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, je vous salue tous Mesdames et Messieurs, et je salue bien sûr nos amis japonais !

Nous sommes à l’Institut français qui est une magnifique institution comme vous le savez et un lieu familier de la communauté française ici à Tokyo, mais aussi de tous les amis de la France. C’est, comme tous les Instituts français à travers le monde, un symbole de la présence culturelle ici au Japon, une présence ambitieuse. Et d’ailleurs, Monsieur le Directeur, j’ai vu qu’ici on pouvait accueillir de façon efficace et agréable, avec une offre culturelle et une offre de cours de français remarquables. J’ai noté que vous aviez quelques petits problèmes de bâtiment, cela ne m’a pas échappé, et si cela m’avait échappé, vous me l’auriez effectivement bien souligné mais à juste titre. Ce bâtiment a une histoire mais il mérite une rénovation. Alors nous nous fixons un objectif, comme un challenge pourrait-on dire, en bon français, puisque l’objectif c’est que ce bâtiment soit rénové, que l’Institut français de Tokyo soit rénové d’ici les Jeux Olympiques de 2020. Il y a encore un peu de travail à faire.

Parce que même si l’Institut Français est remarquable pour sa gestion, je l’en félicite, il est aussi capable de trouver des ressources propres, notamment à travers la brasserie qui se trouve ici, qui est très fréquentée, mais cela ne suffira sans doute pas pour financer l’investissement. Il faudra sans doute un petit coup de pouce, j’ai compris que le ministère des affaires étrangères était sollicité.

Je vous disais que j’étais à Hiroshima, comme l’a rappelé Monsieur l’Ambassadeur, à l’occasion de la réunion du G7 et bien des questions ont été abordées assez franchement je dois dire. Vous allez me dire c’est mon premier G7 alors je suis peut-être un peu surpris, mais j’ai l’habitude d’autres réunions internationales plus formelles. Dans le cadre, à sept, autour de la table, nous avons pu parler assez spontanément et aborder des questions d’actualité du monde aujourd’hui. On a commencé par parler du terrorisme, des situations de crise en Syrie, en Libye, en Afrique, notamment l’Afrique de l’Ouest. Nous avons abordé évidemment les questions liées à la prolifération nucléaire et ici, on est particulièrement sensible à la question de la Corée du Nord. Enfin, je ne vais pas vous faire l’exposé de tous les sujets que l’on a abordés, mais il y a eu un moment très fort dans ce G7 : c’est le moment où nous nous sommes recueillis devant le mémorial d’Hiroshima, tous ensemble, autour du ministre des affaires étrangères du Japon. C’était aussi un message, par rapport à la souffrance que les guerres provoquent partout dans le monde et, en particulier, la Seconde guerre mondiale, et notre message c’était un message de paix. Cette paix, c’est à nous de la construire.

Je suis donc ici, ce soir, pour une visite bilatérale après le G7. Demain j’aurai un programme intense. En particulier, j’aurai l’occasion de rencontrer le Premier ministre, M. Abe, ensuite, à nouveau le ministre des affaires étrangères pour une séance de travail. Nous aborderons tous les sujets qui sont communs à la France et au Japon.

Le Japon est un pays que j’aime. Je ne dirai pas que je le connais bien, j’y suis venu seulement quelques fois, et en particulier encore récemment en octobre dernier avec une délégation de Nantes qui est jumelée avec Niigata, dont j’ai rencontré le maire.

Nos pays sont donc liés par des relations qui sont maintenant anciennes, puisque les relations diplomatiques datent de 150 ans - vous me direz, 150 ans ce n’est pas si loin - mais cela a permis de créer des liens profonds et aussi développer un dialogue de qualité. Il y a deux ans, ici même, les 90 ans du partenariat culturel franco-japonais ont été fêtés. Je crois qu’il faut rappeler que le point de départ de cette belle ambition culturelle entre la France et le Japon s’est concrétisé grâce à la présence ici de l’ambassadeur de France, Paul Claudel en 1924, par la création de la Maison franco-japonaise. Nous sommes, vous êtes, des héritiers de cette histoire. Aujourd’hui ce partenariat est plus vivant que jamais. L’année franco-japonaise de l’innovation 2015-2016 en est une belle illustration qui met l’accent sur la créativité dans nos deux pays, avec un objectif, c’est de renforcer encore la coopération dont vous les acteurs essentiels.

Je voudrais, à cette occasion, remercier chaleureusement les citoyens japonais qui sont présents parmi nous ce soir. Vous êtes des amis de la France, vous avez tissé des liens forts avec notre pays, dont vous êtes souvent de fins connaisseurs. Votre présence à cette réception est une belle démonstration des affinités profondes et de l’estime mutuelle qui existe entre nos deux pays. C’est sur cette base que la France et le Japon doivent continuer à resserrer leurs liens.

Mes Chers Compatriotes, c’est à vous que je voudrais m’adresser maintenant davantage, en rappelant que la communauté des Français de l’étranger ne cesse de croître. Nous sommes aujourd’hui près de 2,5 millions de français à vivre dans un pays étranger et ce chiffre élevé a doublé en 20 ans. Au Japon, vous l’avez dit Monsieur l’Ambassadeur, ce sont près de 12.000 Français qui ont relevé le défi de l’expatriation, je dis bien le défi parce que ce n’est pas si simple. Il y a des réussites que je voudrais saluer, nous sommes à peu près 500 entreprises françaises qui sont implantées ici et vous êtes, pour ceux qui les animent, pour ceux qui y travaillent, le fer de lance de notre développement économique. Parmi vous il y a aussi beaucoup de jeunes, des étudiants, des jeunes venus dans le cadre du programme vacance-travail, ou de volontaires en entreprise. C’est près de 2.500 jeunes qui sont concernés.

Le lycée français de Tokyo joue un rôle important dans ce cadre. Ce lycée a vu ses locaux rénovés en 2012 et c’est à ce moment-là qu’il a connu une forte croissance annuelle de près de 10% et c’est je crois tout à fait satisfaisant. Je voudrais remercier les professeurs qui font un travail remarquable, toutes les équipes pédagogiques et administratives qui font vivre ce lycée. Je rappelle que la France a cette chance de disposer d’un réseau de 500 établissements d’enseignement à travers le monde et c’est une chance qui est un privilège puisque je crois que la France est l’un des rares pays à disposer d’un tel réseau d’une très grande qualité. C’est pour cela qu’il faut le défendre. Je remercie aussi les parents d’élèves et les associations de parents d’élèves qui sont souvent très engagées. Engagées pour soutenir les établissements français mais engagées aussi pour défendre les familles qui peuvent parfois rencontrer des difficultés pour fréquenter les établissements.

Les Français expatriés, je le disais, contribuent au rayonnement et à la promotion de la France à travers le monde. Et ce sont eux qui permettent aussi à notre économie de tirer le meilleur parti des opportunités d’exportation et d’investissement qui sont réelles ici au Japon. Je rappelle que nous exportons chaque année plus de 6 milliards d’euros de produits français au Japon et que le Japon est aussi le premier investisseur asiatique en France, c’est souvent ignoré. Votre présence ici est une incarnation de la France et vous contribuez également à la venue des touristes et des entreprises japonaises qui, elles, représentent plus de 70.000 emplois en France. Nous souhaitons bien sûr que ces investissements se développent, ce sera un des sujets d’échange demain avec mon collègue et homologue ministre des affaires étrangères.

Je disais l’expatriation est un défi. C’est vrai que c’est à la fois une opportunité, c’est une chance, mais je suis conscient des contraintes que cela représente souvent dans votre vie quotidienne. Il faut faire face à bien des difficultés. En même temps je voudrais saluer, j’ai parlé avec quelques-uns d’entre vous avant-hier soir, de la grande solidarité qui règne au sein de la communauté française. Cette grande solidarité contribue à surmonter bien des difficultés et à vaincre parfois des situations de solitude et d’isolement. Je voudrais saluer aussi le travail des associations, elles sont nombreuses, plus de 20 et ces associations sont présentes depuis longtemps parfois. Je pense à l’association des Français du Japon qui a presque 65 ans d’histoire. Il y a des associations qui naissent : la plus récente, c’est l’Organisme local d’entraide et de solidarité - OLES-Japon - qui a été créé il y a tout juste un an mais qui a déjà apporté son soutien à des dizaines de Français qui connaissent des difficultés. Il y a d’autres associations, je pense à l’ADFE/Français du monde, l’Union des Français de l’étranger, l’Association des familles franco-japonaises qui contribue à l’éducation francophone, des enfants double-nationaux et qui vous accompagne dans votre vie quotidienne. À tous et à toutes, bénévoles, engagés, j’adresse ma gratitude au nom de la France.

Cette solidarité, elle s’exprime aussi face aux risques naturels auxquels le Japon est particulièrement confronté. Vous êtes, vous les Françaises et les Français vivant ici, souvent des volontaires - on appelle cela des îlotiers - près de 200 qui oeuvrent aux côtés de l’ambassade pour faire fonctionner le plan de sécurité de notre communauté. Certains d’entre eux sont présents ce soir et, je voudrais aussi les remercier pour leur dévouement. Enfin, cette solidarité s’exprime vis-à-vis du peuple japonais. Nous avons pu le voir, malheureusement trop souvent ces derniers temps, notamment après le séisme du Tohoku et nous avons également commémoré le 5ème anniversaire de ce séisme et de cette catastrophe humaine.

Mesdames et Messieurs vous êtes donc les artisans d’une France dynamique, ouverte au monde, forte. Souvent, je dis à l’occasion de mes déplacements, que notre pays connaît des difficultés et bien des défis qu’il essaie de surmonter. Mais quand on est très loin de la France, on reconnaît encore mieux nos atouts, nos forces et nos qualités. C’est parfois dans le regard des autres, dans l’échange avec les autres et en particulier, ici, avec les Japonais que nous pouvons mieux comprendre où sont nos atouts, nos forces et nos opportunités. C’est à nous de les faire fructifier, de ne pas nous résigner, de ne pas être dans l’autodénigrement qui parfois nous guette. Je sais que quand on est loin, c’est la fierté qui motive et qui entraîne.

Alors pour tout cela, pour tout ce que vous faîtes ici, au Japon, pour la France, je voulais vous remercier et vous dire aussi bonne chance dans vos projets, bonne chance dans vos relations avec nos amis japonais. Nous avons un monde à construire ensemble, nous sommes des partenaires et nous le serons de plus en plus.

C’est cela qui nous anime, c’est cela qui nous réunit ce soir alors vive l’amitié franco-japonaise et vive la France !

dernière modification le 13/04/2016

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