Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, et de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense

Conférence de presse 2+2 (13.03.2015)
Conférence de presse 2+2 (13.03.2015)
Ambassade de France au Japon
Conférence de presse 2+2 (13.03.2015)
Conférence de presse 2+2 (13.03.2015)
Ambassade de France au Japon

Tokyo, 13 mars 2015

Laurent Fabius - Mesdames et Messieurs, c’est ma 5e visite au Japon en tant que ministre des affaires étrangères. Cette nouvelle visite s’inscrit dans la dynamique très positive de nos relations, depuis la visite d’État du président de la République, en juin 2013, et la visite du Premier ministre Abe.

La France et le Japon ont noué un partenariat d’exception, qui se traduit par une coopération dans les domaines stratégiques, comme la défense, la lutte contre le terrorisme, la cybersécurité, les technologies spatiales ou encore l’énergie. Le Japon est d’ailleurs en Asie le pays avec lequel la France a mis en place, au plus haut niveau, un tel dialogue politique et de défense. Cela illustre le niveau exceptionnel de confiance qui fonde notre partenariat sur la base de valeurs partagées et d’intérêts communs.

Nous faisons déjà beaucoup ensemble dans ces domaines : je citerai la lutte contre la piraterie, la formation des forces africaines de maintien de la paix, l’assistance humanitaire et de secours - face aux catastrophes naturelles dans le Pacifique -, la coopération industrielle - par exemple pour les hélicoptères. Nous avons décidé pour aller plus loin de travailler sur des sujets très concrets, ambitieux et nécessaires : la coopération contre le terrorisme, le développement de programmes conjoints, le renforcement des capacités africaines dans le domaine de maintien de la paix et de lutte contre le terrorisme au niveau international.

Nous avons décidé, et cela a été fait à l’instant, de signer un accord international parce que nous partageons les mêmes valeurs - elles sont bien connues : la démocratie, les droits de l’Homme, le multilatéralisme. Nous sommes deux puissances globales engagées en faveur de la paix et le respect du droit international. Nous saluons la volonté du Japon de jouer un rôle renforcé comme acteur de paix, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, et nous sommes prêts à accompagner le Japon sur cette voie.

Il y avait donc un contexte favorable pour renforcer notre coopération dans le domaine de la sécurité ; c’est l’objet de l’accord que nous avons signé, qui fixe le cadre de coopération futur, au bénéfice de la sécurité de nos pays, de la sécurité internationale et de nos industries de défense.

Ce dialogue va continuer dans quelques instants. Ce sera l’occasion d’approfondir nos échanges sur toute une série de sujets internationaux - Ukraine, Sahel, Irak, Syrie, Iran - domaines où nous constatons de larges convergences de vues. Je tiens pour terminer à rappeler, dans le contexte actuel, la solidarité totale de la France avec le Japon sur le dossier qui nous préoccupe : le dossier nord-coréen.

Jean-Yves Le Drian - J’ai rencontré mes homologues ministres de la défense à plusieurs reprises depuis le premier 2+2, qui s’est tenu à Paris en janvier 2014. J’ai grand plaisir à rencontrer pour la première fois mon collègue, M. Nakatani, avec qui j’aurai par ailleurs demain une rencontre supplémentaire entre ministres de la défense. Je suis en tant que ministre de la défense de la République française particulièrement intéressé par l’exposé qu’il nous a fait de la posture législative du Japon concernant les forces d’auto-défense et la manière dont leur place a évolué dans les opérations de maintien de la paix, dans le sens d’une place plus forte du Japon, qui nous conviennent et que j’approuve totalement.

Depuis l’année dernière, une étape importante vient d’être franchie avec la signature de l’Accord intergouvernemental qui permet le transfert d’équipements de technologies de défense, étape très forte que la France n’a franchie en Asie qu’avec le Japon et qui sera, comme l’a dit le ministre japonais des affaires étrangères, M. Kishida, renforcé le plus rapidement possible par un accord de logistique et d’approvisionnement qui est indispensable pour le renforcement de la coopération bilatérale.

Mon collègue, M. Nakatani, a exposé les grands sujets qui vont nous occuper maintenant dans cette nouvelle phase de coopération. Il y a évidemment l’aboutissement des transferts de technologies et d’équipements que l’on va mettre en œuvre ; il y a aussi le renforcement de l’action bilatérale, singulièrement dans le domaine maritime. On a pu constater que l’action qui a été menée, singulièrement par la Task Force 51 et l’opération Atalante ont permis d’éradiquer la piraterie, dans le golfe d’Aden en particulier, mais il faut rester vigilants et partager nos expériences et notre savoir-faire dans le domaine de la sécurité maritime pour lutter contre la piraterie et le terrorisme.

La coopération maritime au service de la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et dans cette partie de l’Afrique constitue une piste de travail qui me semble particulièrement intéressante ; nous l’avons évoqué et continuerons à travailler en ce sens.

Nous poursuivrons de la même manière nos opérations et nos exercices communs dans le Pacifique Sud, en particulier l’opération Croix du Sud à laquelle la partie japonaise a bien voulu participer la semaine dernière. Cela renforce, dans le même état d’esprit, la collaboration entre les deux pays pour la paix et la sécurité.

Q - Quel est l’intérêt majeur que vous voyez pour la France dans la signature de l’accord intergouvernemental sur le transfert de technologies ? Est-ce un intérêt de technologies, le cas échéant sur quels types de technologies porte cet intérêt ? Par ailleurs, vous avez mentionné également une avancée supplémentaire attendue en marge de cet accord qui est de logistique et sur l’approvisionnement, pouvez-vous nous donner plus de précisions ?

R - Laurent Fabius - Cet accord présente un intérêt pour les deux pays. L’un des traits communs entre la France et du Japon, c’est que nous sommes tous les deux des pays de très hautes technologies. Lorsqu’on envisage de travailler plus étroitement ensemble, il faut donc que ces questions soient traitées. C’est le cas dans l’accord intergouvernemental qui prévoit, en particulier, que lorsqu’il y aura un éventuel transfert de technologies, il y aura une garantie que ces transferts ne vont pas s’appliquer à d’autres pays. Il y a une espèce de protection mutuelle des technologies et cela pourra jouer dans les différents domaines de notre accord.

R - Jean-Yves Le Drian - En complément à ce qu’a dit M. Laurent Fabius et en ce qui concerne les transferts de technologies, il faut voir les choses de manière très simple et très pragmatique. Je vais prendre l’exemple des drones sous-marins de lutte contre les mines, car c’est un sujet sur lesquels nous sommes d’accords. Nous sommes deux pays maritimes, nous sommes confrontés au même type de menaces. Nos deux pays ont des entreprises de haute technologie dans ce domaine ; mettons-les ensemble afin de travailler pour avoir une solution technique qui soit gagnant-gagnant pour les deux pays et pour les entreprises qui y travaillent. C’est cela l’état d’esprit qui nous anime dans le cadre de l’accord inter-gouvernemental qui vient d’être signé.

En ce qui concerne votre question sur le soutien logistique et l’approvisionnement, c’est pour faciliter la coopération bilatérale pour les échanges militaires que des pays amis nouent un accord de longue durée, afin de permettre une meilleure opérabilité dans leurs échanges. C’est là un signe de confiance qui, je l’espère, pourra se mettre en oeuvre avant la fin de cette année.

dernière modification le 19/03/2015

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