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Conférence de l’Ambassadeur à l’Université Waseda [ ja ]

L’Ambassadeur a donné une conférence devant plusieurs centaines d’étudiants, diplomates, journalistes et personnalités du monde académique à l’Université Waseda le 13 juin dernier. L’occasion de dessiner les perspectives d’une relation franco-japonaise que M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères du président François Hollande a souhaité "exemplaire" dans un entretien accordé au quotidien Le Monde.

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M. Christian Masset, ambassadeur de France
© Waseda University

Mesdames, Messieurs, bonjour.

Mes premiers mots sont pour remercier le Président Uchida et le Professeur Kataoka qui ont bien voulu m’inviter à m’exprimer devant vous aujourd’hui.

C’est pour moi un très grand honneur de parler dans l’une des universités les plus renommées du Japon et qui entretient de nombreuses coopérations avec des établissements français de premier plan, dont l’ESSEC et Sciences-Po Paris où j’ai moi-même étudié.

Je remercie aussi l’Université Waseda d’avoir proposé comme sujet pour cette conférence « La France et le Japon dans la mondialisation ». Il revêt en effet une grande actualité alors que se produit une alternance politique en France. François Hollande a été élu Président de la République le 6 mai, investi le 15 mai. Nous aurons, le 17 juin, le deuxième tour des élections législatives. Nous assistons à un nouveau départ de la relation franco-japonaise avec, le mois dernier, un entretien avec le Premier ministre Noda, en marge du sommet du G8 de Camp David et une rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères, MM. Gemba et Fabius en marge du sommet de l’OTAN à Chicago.

Dans la mondialisation, la France et le Japon partagent des traits communs essentiels :

  • Ce sont des démocraties, très attachées aux droits de l’Homme.
  • Ce sont des économies avancées et des acteurs majeurs : le Japon est la deuxième économie d’Asie, la France la deuxième économie d’Europe, au cœur de continents qui connaissent une intégration régionale.
  • La France et le Japon sont membres du G8 et du G20 et, à ce titre, ont l’une et l’autre une influence sur la gouvernance mondiale.

Le Japon et la France sont confrontés l’un et l’autre à une redistribution des cartes, dans un monde qui change extrêmement vite notamment sous la poussée des pays émergents, un monde qui fait face à une crise financière et économique profonde qui créé beaucoup d’incertitudes, et un monde confronté, pour la première fois, à la rareté des ressources naturelles.

Dans ce nouveau monde, la question est de savoir quel peut être le sens et la portée de la relation franco-japonaise. Ma conviction est que nous partageons une communauté de valeurs et que nous avons une forte convergence d’intérêts, ma conviction est qu’en travaillant ensemble, nous augmentons notre capacité, à l’un et à l’autre, d’orienter la mondialisation et même, sur certains dossiers, de faire la différence. Ma conviction est que la mondialisation rend notre relation encore plus indispensable.

1/ Je voudrais revenir sur cette communauté de valeurs que nous partageons.

La France est une des premières démocraties du Monde, le Japon est la plus ancienne démocratie d’Asie.
La France et le Japon ont la même perception des enjeux de sécurité, de la non-prolifération.
Ils ont le même attachement au droit international et au système des Nations unies, ce qui n’est pas partagé par tous les pays.

Je voudrais, à ce stade, donner un éclairage sur les orientations du nouveau gouvernement français sur les grandes questions internationales et qui montre bien combien nous avons des motifs de travail en commun avec le Japon : relations avec les Etats-Unis, crises régionales, affaires globales.

- Relations avec les Etats-Unis :

Le nouveau gouvernement français veut une relation confiante et forte avec les Etats-Unis. Une première rencontre très substantielle et amicale a eu lieu entre les Présidents Hollande et Obama à Washington. La France restera dans le commandement intégré de l’OTAN qu’elle a rejoint en 2008. La France coopère avec les Etats-Unis sur les grandes crises régionales.

- Les crises régionales :

  • Afghanistan : la France reste engagée vis-à-vis de l’Afghanistan. Conformément à son engagement durant la campagne des élections présidentielles, les troupes françaises seront retirées d’ici la fin 2012 ; leur mission étant achevée. Cela a été discuté avec le Président Karzai, et nos partenaires de l’OTAN l’ont bien compris. Mais elles resteront en soutien jusqu’en 2014. En outre, la France participe pleinement au développement à long terme de l’Afghanistan qui fera l’objet de la conférence à Tokyo le 8 juillet.
  • Syrie : le nouveau gouvernement se montre très actif face aux massacres perpétrés par le régime de Bachar El-Assad. Comme le Japon, il a déclaré persona non grata l’ambassadeur de Syrie. Nous travaillons dans trois directions : durcissement des sanctions, dialogue avec la Russie pour faire avancer le sujet aux Nations unies et rassemblement de l’opposition syrienne (la troisième réunion du groupe des amis du peuple syrien aura lieu à Paris le 6 juillet).
  • Iran : la ligne française reste celle de la double approche : faire pression sur l’Iran pour qu’il renonce à ses actions illégales d’enrichissement et ouverture au dialogue, ce qui correspond à l’approche japonaise. La réunion de Bagdad entre l’Iran et E3+3 a été décevante. Elle a cependant permis de constater qu’il existe une communauté de vues entre les pays qui discutent avec l’Iran, y compris la Russie. Nous attendons la réunion de Moscou prévue le 18 juin.
  • Les printemps arabes : la France et le Japon soutiennent le partenariat de Deauville dans ses volets politique et économique et un dialogue s’engage en particulier entre la JICA et l’AFD.
  • Last but not least, Corée du Nord : la France soutient les efforts du Japon. Elle a une position de fermeté au Conseil de Sécurité. Elle prête une attention particulière à la question très douloureuse des ressortissants japonais enlevés par la Corée du Nord.

- Les affaires globales :

  • Le développement : le Japon et la France partagent un engagement fort en la matière. Le nouveau gouvernement français est très soucieux de promouvoir la solidarité internationale. L’Afrique est pour nous le premier champ de coopération, comme elle est une priorité croissante pour le Japon. J’en parle devant le Professeur Kataoka qui est un grand spécialiste et nous travaillons déjà ensemble avec Djibouti, par exemple (je salue l’Ambassadeur de Djibouti) sur la lutte contre la piraterie maritime dans l’Océan Indien. Le nouveau gouvernement français soutiendra les efforts du Japon pour faire de la TICAD V un succès. La France et le Japon sont des acteurs du groupe pilote sur le financement innovant pour le développement.
  • Développement durable : la France est très active dans ce domaine et le nouveau gouvernement français, qui comprend des ministres écologistes, sera particulièrement attentif. Le Président Hollande attache beaucoup d’importance au succès du sommet Rio + 20 (du 18 au 22 juin) auquel il se rendra. Nous soutenons, comme le Japon, l’établissement d’objectifs du développement durable en complément des objectifs du Millénaire pour le développement. Il reste une nuance franco-japonaise : la France est plus allante que le Japon sur la création d’une agence spécialisée des Nations unies. Le développement durable sera un terrain particulièrement propice aux coopérations franco-japonaises : l’AFD et la JICA travaillent déjà ensemble en Indonésie (forêts), au Vietnam, au Kenya (géothermie). Nous attendons enfin les décisions stratégiques que prendra le Japon d’ici l’automne sur sa stratégie bas-carbone qui permettra une coopération plus étroite avec la France et l’Europe dans la lutte contre le changement climatique.

2/ Communauté de valeurs, mais aussi convergence d’intérêts. Je prendrais quatre domaines particulièrement pertinents pour l’avenir de nos économies, et d’actualité : la crise financière, l’énergie, le commerce et l’innovation.

- La crise financière et la relance de la croissance mondiale : on en a parlé au G8 de Camp David. Ce sera le sujet du G20 de Los Cabos des 18 et 19 juin. La France est au cœur de la zone Euro, le Japon a un poids financier considérable. Nous pouvons ensemble œuvrer pour la stabilité.

  • Cela me conduit bien sûr à parler de la politique du Président Hollande sur la zone Euro. Celle-ci est très claire : il n’y a pas de réduction des déficits publics soutenable et de la dette sans croissance économique. Il faut la responsabilité budgétaire et la croissance. C’est pourquoi, François Hollande poursuivra les efforts de consolidation budgétaire (4,5% de déficit en 2012, 3% en 2013, équilibre en 2017) mais en ajoutant un volet de croissance qu’il veut donc intégrer dans le pacte pour la stabilité, la coordination, la gouvernance qui a été arrêté en décembre dernier. C’est un débat qui progresse en Europe, il fera l’objet du Conseil européen de la fin juin. Le nouveau gouvernement français a fait des propositions précises qui concerne le renforcement de l’action de la Banque européenne d’investissements, une meilleure utilisation des fonds structurels européens, des Project bonds pour financer des infrastructures, sur lesquels se dégage déjà un consensus et d’autres idées qui doivent être encore débattues comme les Euro-bonds ou la taxe à l’échelle européenne sur les transactions financières. Pour renforcer la zone Euro, une discussion s’engage sur une intégration plus poussée, qu’il s’agisse d’une union bancaire ou d’une plus grande intégration budgétaire, mais cela ne doit pas occulter l’exigence de relancer maintenant la croissance.
  • La France est déterminée à mettre en œuvre les actions nécessaires pour éviter la contagion : elle soutient la Grèce, de même qu’elle a pris sa part dans l’aide apportée au secteur financier espagnol.
  • Le Japon est un partenaire essentiel dans ce domaine, tant par l’aide qu’il apporte à la zone Euro : souscriptions aux emprunts du FESF, ressources additionnelles pour le FMI à hauteur de 60 milliards de Dollars, que par son action au niveau régional (doublement des engagements au titre des accords de Chiang Mai). Ses propres efforts pour réduire ses déficits sont aussi une contribution majeure pour la stabilité financière internationale.

- Energie :

  • Nous sommes deux pays dépourvus de ressources en énergie fossile et nous avons tous les deux recours à l’énergie nucléaire, tout ce qui se passe chez l’un a un impact chez l’autre.
  • Un débat sur l’énergie a eu lieu, en France, au moment de la campagne présidentielle : François Hollande a décidé de maintenir l’énergie nucléaire, indispensable pour la sécurité énergétique de la France à un niveau de 50% (contre 75% actuellement) d’ici 2025 et de monter la part des énergies renouvelables.
  • Pour les raisons que j’ai indiquées, l’énergie est un axe de coopération majeur entre le Japon et la France : dialogue énergétique, coopération nucléaire (sûreté, décontamination, interventions après Fukushima). Nous voulons ensemble promouvoir le plus haut niveau de sûreté dans le monde (plan d’action de l’AIEA, conférence sur la sûreté à Fukushima en décembre 2012).
  • Cette coopération s’étend aux entreprises : AREVA-MHI sur le réacteur nucléaire Atméa, projet commun INPEX-TOTAL (exemple : projet gazier de 34 milliards de Dollars en Australie), coopération sur pays tiers, véhicules hybrides ou électriques (cf. Nissan-Renault).

- Commerce :

  • Lutte contre le protectionnisme :
  • Réciprocité : Le Président François Hollande veut combattre toutes formes de dumping ou de concurrence déloyale.
  • L’APE : Le commerce franco-japonais est solide et se porte bien (progression en 2011 malgré le 11 mars, relation plus équilibrée), mais il a une bonne marge de progression si l’on parvient à réduire toute une série d’obstacles comme les barrières non-tarifaires ou l’accès aux marchés publics. Nous sommes favorables au renforcement des relations stratégiques avec le Japon. L’APE peut jouer ce rôle si l’on parvient en effet à renforcer les obstacles dont j’ai parlé.

- Innovation :

  • C’est l’avantage compétitif du Japon et de la France, deux grands pays d’ingénieurs, avec des entreprises qui investissent dans la RD et des ensembles universitaires très performants. En France, une vraie révolution s’accomplit pour donner à la fois plus de moyens et mutualiser l’effort de recherche (exemple du plateau de Saclay).
  • C’est un domaine de coopération par excellence et l’on assiste actuellement à un fort développement des projets communs : qu’il s’agisse d’ouvertures de centres de recherches par les entreprise japonaises en France ayant des coopérations avec des entreprises ou des universités françaises, qu’il s’agisse des laboratoires communs entre le CNRS et toute une série de centre de recherches japonais ou qu’il s’agisse de la coopération en matière d’énergie renouvelable entre l’Adème et la Nedo (Lyon).
  • Nous partageons les mêmes positions sur la défense de la propriété intellectuelle, enjeu majeur du 21ème siècle.
* * *

Au terme de cet aperçu, il est clair que ces convergences appellent des actions communes et un renforcement de notre coopération dans la mondialisation.

Pour cela, nous pouvons compter sur des ressorts fondamentaux. :
- une sympathie instinctive entre Japonais et Français, qui ne s’est jamais démentie et qui s’est exprimée après le séisme du 11 mars ;
- une vraie curiosité pour la culture de l’autre ;
- une présence très importante des entreprises japonaises en France et des entreprises françaises au Japon (plus de 400 dans chaque pays avec plus de 60.000 emplois) ;

Nous assistons aujourd’hui, comme je l’ai dit en introduction, à un nouveau départ de notre relation qui, en plus de la sympathie, répond à un vrai besoin pour chacun de nos pays dans la mondialisation. Ce sera l’objet des rencontres qui surviendront entre nos deux gouvernements dans les mois qui viennent.

Je voudrais, à cet égard, citer un passage de la première interview, au journal Le Monde, de M. Fabius en sa qualité de ministre des Affaires étrangères :

« Je veux insister sur le Japon, troisième puissance économique du monde, grande démocratie, avec laquelle nous voulons développer une relation exemplaire ».


dernière modification le 03.07.2012

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