Allocution de Najat Vallaud-Belkacem lors de la réception organisée à la Résidence de France

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a rencontré le 17 mai 2016, des représentants de la communauté française présente au Japon et les grands acteurs japonais du monde de l’éducation, du secteur universitaire et de la recherche à la Résidence de France.

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Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
© Ambassade de France au Japon

Tokyo, le 17 mai 2016

Merci monsieur le Ministre, cher Hiroshi.

C’est l’occasion pour moi de vous remercier à nouveau pour l’excellent accueil que vous nous avez réservé à Kurashiki pour le G7 Éducation.

Monsieur l’ambassadeur,

Mesdames et messieurs,

Chers amis,

Permettez-moi avant de commencer ce propos de vous exprimer d’abord la compassion et la solidarité du gouvernement français, du peuple français, après les terribles tremblements de terre qui ont touché la région de Kyushu il y a peu de temps, et qui ont fait tant de victimes.

Mesdames et messieurs, en 1921, un oiseau venu de France arrivait au Japon. Kurotori, « l’oiseau noir », est arrivé au Japon. C’est le pseudonyme, vous le savez, que se donnait Claudel lorsqu’il a séjourné ici. Claudel est resté six années, de 1921 à 1927, et la résidence de France est sans doute le lieu idéal pour faire résonner son nom, lui qui fonda la Maison franco-japonaise en 1924, et surtout l’Institut franco-japonais du Kansai en 1927. Le Japon va marquer profondément Claudel, dans sa mémoire, bien sûr, mais aussi dans ses œuvres, théâtrales, poétiques, dans ses écrits. C’est justement un de ses écrits que je voudrais vous citer ce soir. Dans Concours et circonstances, il observe qu’au Japon, « à chaque instant le pas et l’imagination du promeneur se trouvent arrêtés par un site concerté qui requiert l’hommage de son attention, du fait de l’intention incluse ». Cette remarque-là, si je vous la cite, c’est qu’elle correspond particulièrement bien à mes premières et trop brèves impressions du Japon.

Pour vous qui vivez cela au quotidien, ces choses doivent paraître évidentes. Et je veux vous dire, vraiment, l’attention aux choses les plus infimes, le souci des détails, c’est tout sauf anecdotique, et ça traduit au Japon, me semble-t-il, une même préoccupation : celle de nous ramener sans cesse à l’essentiel, à la délicatesse des symboles, à des significations que nous avons parfois trop tendance à occulter. N’est pas Claudel qui le veut, je n’aurai pas passé sept ans mais seulement quatre jours au Japon, mais je peux vous assurer que ces quatre journées consacrées aux deux réunions du G7, dans le secteur de l’éducation et de la science et de la technologie, ont été particulièrement intenses, et même, pour vous dire la vérité, très émouvantes.

Je disais que le Japon nous incite en permanence à revenir à l’essentiel. Et bien, ces deux G7 en sont la preuve. Vous savez que nous avons organisé à Paris la COP21 cette année, qui nous proposait de répondre à une question urgente : quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? Et bien ces deux G7, notamment celui sur l’éducation, nous ont confrontés à une autre interrogation tout aussi pressante : quels enfants allons-nous laisser à notre monde ? le G7 Éducation en particulier, il faut en avoir conscience, était un événement exceptionnel. Parce que pour ceux qui l’ignorent, le G7 Éducation ne s’était pas réuni depuis 2006. Et c’est d’abord une initiative japonaise que de le réunir à nouveau et vraiment, je veux saluer, M. le Ministre, votre clairvoyance.

Je veux vous remercier aussi sincèrement d’avoir voulu placer cette rencontre du G7 Éducation sous le signe de la solidarité avec la France, durement touchée en 2015 par les attentats. C’est un très beau témoignage d’amitié, d’une amitié ancienne et solide, mais aussi promise à un bel avenir. Il y a été question de la modernisation de notre éducation, de révolution numérique, de mutation de nos économies. Mais il y a été question également de lutte contre les inégalités à l’école, de lutte contre les discriminations, et de valeurs. Il y a été question du rôle éminent que l’éducation peut porter dans chacun de nos pays, pour faire en sorte d’éduquer aussi à la citoyenneté de nos jeunes. Ce sont pour moi des sujets essentiels, des priorités, même ; j’ai été heureuse de voir que sur chacun de ces sujets, nous avions un accord.

Cette communauté de destins et de devenirs, elle est aussi apparue d’évidence au G7 Recherche. Là, c’est du vieillissement de la population, des inégalités entre les hommes et les femmes, du futur des mers et des océans, du développement des énergies propres que nous avons parlé, pour veiller à ce que nos efforts de recherche respectifs bénéficient à tous pour être vraiment efficaces et se transformer rapidement en innovations réelles. Là aussi, nous avons conclu ce G7 Recherche par un sentiment simple : que nous sommes embarqués, tous, sur un même bateau, dans un même voyage, et que notre avenir n’est donc pas un avenir fragmenté en devenirs nationaux, mais c’est un avenir commun, mondial, et c’est à cette échelle mondiale que les problèmes se posent. C’est alors à cette échelle mondiale qu’ils doivent être résolus.

Ce déplacement, enfin, au-delà de ces deux rendez-vous internationaux, a été l’occasion de constater et de renforcer la richesse de nos liens, entre la France et le Japon. Je savais qu’il existait entre nous une correspondance et une complicité singulière. J’évoquais à l’instant Claudel ; on pourrait parler de Foujita, de Dominique Perrault, de Kô. Mais ce que je voulais voir par moi-même, et je l’ai vu, c’est qu’au-delà de ces artistes particuliers, il y a toujours une appétence et une fraternité entre les Français et le Japon, qu’on retrouve en particulier dans le fait qu’aujourd’hui au Japon, la langue française reste étudiée par près de 250 000 personnes de tous les âges.

La plus belle illustration de cette fraternité, c’est les huit jeunes lycéens qui sont dans la salle et auxquels je demanderai de bien vouloir approcher. Quatre jeunes lycéens français, quatre jeunes lycéens japonais, qui étudient chacun la langue de l’autre, et qui viennent de travailler à la rédaction d’un rapport commun sur l’enseignement de l’écologie en France et au Japon. C’est absolument fabuleux. Ils font partie du réseau Colibri, l’association qui a été fondée en 2005 par des professeurs français et japonais pour promouvoir ces échanges.

Merci de les applaudir : vous avez compris que vous avez là le visage de cette amitié franco-japonaise, la plus belle illustration qui soit. Je veux vous dire qu’au-delà de ces quatre lycéens français qui sont présents parmi eux, en France, l’apprentissage du japonais se développe de plus en plus, et c’est une excellente nouvelle. Nous en sommes à quelque 6000 personnes qui le choisissent, et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé – c’était une chose qui était attendue depuis de nombreuses années –, de créer un CAPES de japonais, pour faire en sorte qu’on ait en France des professeurs formés, d’un bon niveau, qui passent ce concours, qui est un concours important, et qui soient en capacité d’enseigner le japonais au collège et au lycée à nos élèves.

A l’université Toyo où j’étais ce matin et où j’ai été particulièrement bien accueillie aussi par des étudiants particulièrement volontaires et qui pour beaucoup d’entre eux apprenaient le français, à l’université Toyo, j’ai veillé à dire clairement que la France souhaite accueillir davantage d’étudiants japonais. Davantage – aujourd’hui, nous en sommes à quelque 2000, ce n’est pas mal ; on peut faire mieux. Il faut que les jeunes Japonais, mesdames et messieurs les lycéens japonais, vous sachiez qu’on est bien comme étudiant en France, qu’on est bien accueilli, que par la loi, par la politique volontariste ces derniers temps, nous avons beaucoup amélioré les choses, y compris d’ailleurs pour introduire des enseignements en anglais au sein de l’université, ce qui peut vous faciliter la tâche, mais aussi pour vous accueillir dans les meilleures conditions possibles, avec un guichet unique pour vous décharger des démarches administratives. Bref, notre porte vous est ouverte.

Et puis il faut que vous sachiez qu’avoir fait ses études en France pour un Japonais ou au Japon pour un Français, c’est loin d’être anodin. Tous ceux qui ont fait cette expérience dans cette salle j’espère le confirmeront, c’est une expérience d’une vie qui vous marque profondément. Ça n’est pas un hasard si le réseau France Alumni que nous avons voulu développer partout dans le monde pour les étrangers qui ont fait leurs études en France, ce réseau France Alumni, c’est au Japon qu’il compte le plus grand nombre d’inscrits. Pardon. C’est le troisième pays, mais c’est pareil. Il faut me donner raison, M. l’ambassadeur. C’est l’un des pays qui compte le plus grand nombre d’inscrits, c’est le troisième dans le monde.

Cela veut dire qu’une fois qu’on a fait ses études en France, mesdames et messieurs futures étudiants japonais en France, on choisit généralement de garder un lien avec ce pays, avec sa langue, avec sa culture et vice-versa pour les étudiants français qui font leurs études au Japon. Derrière cela, il y a un choix de cœur, on le voit très bien. Souvent d’ailleurs, des couples mixtes se forment, j’ai pu le remarquer. Mais il y a aussi un choix de raison : parce que l’on voit bien à quel point les entreprises françaises sont actives au Japon et à quel point il y a des perspectives professionnelles qui se développent grâce à cette double culture.

Et quand je parle de culture, n’oubliez pas que la culture n’est pas que littéraire, artistique : la culture est aussi scientifique, oui la science est une culture, un art. Cette culture scientifique, force est de constater – et j’ai eu le plaisir d’aller à Tsukuba visiter le laboratoire de recherche sur la robotique qui est codirigé par les Français et les Japonais –, force est de constater que cette culture scientifique est merveilleusement élaborée, réalisée et efficace, parce qu’elle est conduite en complémentarité. Les résultats en la matière sont absolument remarquables. Je voudrais citer aussi la réussite toute particulière de la coopération franco-japonaise autour de la lutte contre le virus Ebola, qui associe l’INSERM, l’entreprise Toyama et St. Luke’s International University. Ce sont vraiment de très belles réussites.

Et dans cette Année franco-japonaise de l’Innovation, qui a été lancée par le Premier ministre français et le Premier ministre japonais, je crois que ce sont les plus belles illustrations que l’on puisse trouver pour dire que la France et le Japon doivent faire fructifier plus encore leurs relations.

Mesdames et messieurs, en conclusion, de ces propos, vous aurez retenu, je l’espère, qu’entre la France et le Japon, il est question de développement économique, de développement scientifique, d’éducation, de recherche. Il est question surtout de valeurs, de sens, et cette recherche du sens, c’est un vrai plaisir pour moi que de la mener ensemble avec vous. Je crois qu’au fond, ce qui caractérise la véritable amitié, c’est-à-dire celle qui conduit l’autre à vous rappeler en permanence l’essentiel. Je crois que de ces quatre journées au Japon, ce que j’aurai retenu plus que tout, c’est l’essentiel.

Je vous remercie, j’ai été heureuse d’être là. Je remercie M. l’ambassadeur de son accueil, de l’organisation parfaite de ce séjour, et je veux vous dire « vive la France, et vive le Japon ».

dernière modification le 20/05/2016

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